Home Actualités Scoop édito / Mandat de Jovenel Moise : Évoquant la constitution, Mirlande Manigat exprime une position politique avec des pseudos arguments
Actualités - juin 17, 2020

Scoop édito / Mandat de Jovenel Moise : Évoquant la constitution, Mirlande Manigat exprime une position politique avec des pseudos arguments

Le débat sur l’année de la fin de mandat de Jovenel Moise ne cesse de faire des remous. Du train où vont les choses, il semble que cette discussion n’en finira pas. Les acteurs privilégient leurs intérêts politiques. Ils s’expriment en fonction de leurs intérêts de camp et de clan.

À côté du coronavirus, ces dernières semaines, ce débat occupe l’espace médiatique haïtien. Les arguments se suivent, mais ne se sont pas tous assis sur des bases solides. Les pseudos arguments politiques invalides diffusent.

Attendue comme le messie, avec un solide argumentaire, comme constitutionnaliste très cotée de la place,  Mirlande Hyppolite Manigat est, finalement, sortie de son silence. Mais avec une position à prédominance politique. Dans un document rendu public récemment, elle s’est politiquement exprimée.  Elle soutient le départ de Jovenel Moise pour le 7 février 2021, mais avec des arguments non probants.

Dans son texte qui se veut être analytique, la professeure a ainsi expliqué la raison pour laquelle elle ne se prononce pas pour le départ de Jovenel Moise du pouvoir le 7 février 2022. « Se prononcer pour le 7 février 2022 équivaudrait à accorder un blanc-seing au pouvoir actuel et à une partie de la communauté internationale qui s’est prononcée », a indiqué Madame Manigat.

Choisir le 7 février 2021, poursuit le docteur en Science Politique, signifierait que l’on se range du côté de l’opposition dite démocratique alliée à d’autres secteurs qui n’en font pas partie.

Dans ces extraits de son texte, l’ancienne candidate à la présidence a implicitement indiqué qu’elle ne défend pas la date du 7 février 2022 pour ne pas donner une carte blanche au pouvoir et à une partie de la communauté internationale. En soutenant la date du 7 février 2021, elle dit se ranger du côté de l’opposition et alliés. Sur cette base, on peut déduire que les considérations juridiques avec lesquelles elle a enchainé sont des stratégies de persuasion.

Reprenant le chronogramme des dernières années, ajoute Mirlande Manigat dans son document, on sait que des élections, comme annoncées, se sont déroulées en novembre 2015, puis elles ont été annulées à cause des dénonciations de fraude par tous les participants sauf ceux du parti au pouvoir.

Madame Manigat a évoqué les événements de 2015 dans cet extrait pour souligner que le parti du président Jovenel Moise n’était pas à l’époque favorable à l’annulation des élections.  Pour elle, les élections de 2015 n’avaient pas été réellement annulées.

Après avoir avancé que les membres du parti au pouvoir étaient défavorables à l’abrogation des élections, Mirlande Manigat a exprimé ce qui suit : « L’annulation d’un évènement n’affecte pas sa nature, sa réalité ni ses conséquences ».

L’annulation d’un événement n’a certes pas affecté sa nature, c’est-à-dire ce qu’il est, mais elle peut affecter ses conséquences. Une même chose dans les mêmes conditions peut produire d’autres effets. Le FC Barcelone peut ne pas battre le Real Madrid sur deux matchs consécutifs. Pourtant les deux rencontres sont de la même nature, traduisent le même événement.  

Dans ses écrits, Mirlande Hyppolite Manigat énonce des expressions antinomiques. D’un côté, elle rappelle que les élections de 2015 étaient annulées ; de l’autre côté, elle veut montrer que ces mêmes élections avaient été poursuivies. « Les élections ont été reprises en 2016. Il s’est agi d’une continuation et non de l’initiation d’une nouvelle donne », a expliqué l’ancienne sénatrice.

Mirlande Manigat croit que le fait que le vainqueur, à savoir Jovenel Moise,  n’a prêté serment que le 7 février 2017, cela n’introduit pas un décalage juridique avec les élections. Pour elle, il s’agissait d’une inconvenance protocolaire. 

« Juridiquement donc, conformément à la Constitution, le début du mandat de Jovenel Moise a commencé le 7 février 2016 et se termine cinq ans plus tard, le 7 février 2021 », a signifié l’ancienne première dame de la République.

Ce qui compte pour Madame Manigat, c’est le temps constitutionnel, ce n’est pas le moment de l’investiture. « Le temps constitutionnel s’impose donc pour identifier les élections; la prestation de serment aurait pu se faire n’importe quand et elle n’affecte pas le terme de l’occupation, qui est une donnée constitutionnelle, mais le début conjoncturel du mandat qui est de nature politique », a fait savoir la constitutionnaliste.

Tenant compte des considérations juridiques de Mirlande, si Jocelerme Privert demeurait au pouvoir durant quatre ans et demi, Jovenel Moise occuperait la présidence du pays pendant seulement six mois.

Notre analyse argumentative du document publié par la présidente d’honneur du Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP) n’est guidée que notre souci d’en avoir une idée claire et nette. Pendant que nous avons opté pour la raison sur la passion politique, nous croyons aussi que Jovenel Moise ne peut emmener le pays nulle part, sinon que l’enfoncer davantage dans l’abime.

Mozard Lombard,

Éditorialiste de la Radio Télé Scoop,

Tél : (509) 3147-1145,

Email : [email protected]

Réagir à cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *