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Actualités - avril 12, 2021

Scoop édito : Le kidnapping est socialement politique, la religiosité n’est pas un argument

Les 400 Mawozon ont resurgi ce weekend. La bande armée opérant dans les localités de la Croix-des-Bouquets a refait surface cette semaine. Après son démantèlement déclaré, la base s’est régénérée. Les opérations policières menées le dimanche 27 décembre 2020 et le samedi 9 janvier 2021 dans le fief de l’un des gangs en possession du plus grand nombre de soldats, a priori, n’avait pas suffi pour en finir complètement avec les bandits qui sèment la terreur au Nord Est de Port-au-Prince.

Les 400 Mawozo ont repris du poil de la bête. Dans une vidéo tournée en boucle sur les réseaux sociaux, ce lundi, ils s’exposent avec leurs artilleries contenant des armes hautement sophistiquées, de gros calibres, et des tonnes de minutions.

Les bandits armés des 400 Mawozo ont frappé fort. Ils ont fait d’une pierre deux coups. En une seule sortie, dix (10) personnes ont été enlevées, confirme la Conférence haïtienne des religieux, parmi lesquelles figurent cinq prêtres catholiques, deux (2) fidèles religieux et trois membres de la famille de l’un des ecclésiastiques.

Cet enlèvement des membres de l’église Catholique en Haïti, dont deux prêtres français, survient moins de deux semaines après le rapt de quatre membres de la confession religieuse adventiste, à Diquini 63, en plein culte diffusé sur les réseaux sociaux.

Le kidnapping n’épargne personne en Haïti. Il frappe la porte de toutes les corporations dans le pays. Si les bandits attaquaient le secteur éducatif, sportif, politique, les non religieux, ces dernières semaines, ils prennent pour cible, la communauté religieuse.  

Certains se révoltent de la profanation des lieux de culte par ces bandits en Haïti. D’autres s’insurgent contre le kidnapping des serviteurs de Dieu. D’autres encore se soulèvent contre l’enlèvement des membres du personnel médical haïtien. La discrimination est à bannir dans ce contexte de crise de la sécurité publique dans le milieu haïtien. Le problème est national. Il n’est pas corporatiste. Il ne doit pas nous exaspérer sur la base de notre corporation d’appartenance. La société est un tout, un ensemble. Pour le bon fonctionnement de la machine, tous les éléments doivent jouer pleinement leur partition.

L’église doit être passée d’une institution qui ne façonne les gens que pour l’au-delà à une institution qui forme des citoyens qui ont des responsabilités sociales. Elle doit attacher et non détacher les citoyens de leur milieu.

L’église doit être passée d’une institution passive, fataliste, d’un corps de résignation à une institution proactive et un corps active. L’église ne doit pas écarter les fidèles de la société. Les religieux doivent savoir qu’ils sont des mondains, qu’ils vivent dans le monde et que les événements du monde, de leur milieu ambiant, les concernent. Le phénomène de kidnapping est un problème social. Cela concerne tout le monde. Tout le monde doit mettre la main à la pâte pour combattre le fléau.

Les bandits s’attaquent à toutes les couches de la société. Le corps médical continue d’en être la proie. Après l’enlèvement des religieux, deux médecins haïtiens, l’un de l’hôpital Bernard Mews et l’autre de l’hôpital OFATMA, ont fait les frais ce weekend.

Le kidnapping qui frappe de plein fouet Haïti est un problème social. La société dans toutes ses dimensions est en crise. La population vit sous le seuil de la misère dans des conditions faméliques, infrahumaines.

Ce kidnapping n’est pourtant pas seulement lié aux problèmes sociaux. Il est particulièrement afférent à la politique. Cette flambée de cas d’enlèvements survient dans un contexte où le pouvoir chante l’organisation d’un référendum pour doter le pays d’une nouvelle constitution et des élections générales pour renouveler le personnel politiques sous la pression du Corps Group. La recrudescence des cas de kidnappings arrive à un moment où la structure Religion pour la paix nationale et internationale prône le dialogue afin de trouver un accord entre les acteurs pour dénouer la crise.

Mozard Lombard,

Éditorialiste chez Radio Télé Scoop,

Tél : (509) 3147-1145,

Email : [email protected]

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