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Actualités - avril 9, 2020

Scoop édito : Les dégâts causés par le Covid-19 chez les occidentaux nous empêchent de voir en face la réalité de la maladie

Définie comme science du raisonnement en lui-même, de tout processus psychologique, une abstraction, la logique ne nous conduise pas toujours à la vérité. Elle nous empêche très souvent de comprendre les faits, les phénomènes et les événements. La réalité est ce qu’elle est. Elle se diffère des préjugés, des stéréotypes, des clichés. Elle n’est pas toujours ce que nous avons à l’esprit.

Nous avons souvent des formules toutes faites à l’esprit du type de syllogisme constituant un obstacle épistémologique, une barrière chez nous  qui nous empêche de voir en face la réalité. Le syllogisme est un raisonnement déductif rigoureux qui, ne supposant aucune proposition étrangère sous-entendue, lie des prémisses à une conclusion (ex. « si tout B est A et si tout C est B, alors tout C est A »).

En clair, tous les originaires de Port-au-Prince aiment le carnaval, or Pétion est issu de Port-au-Prince, donc Pétion aime le carnaval. Ce raisonnement n’est pas nécessairement vrai. Pétion peut ne pas aimer le carnaval en étant port-au-Princien.

Depuis plus de deux mois, le monde fait face à une pandémie, le Covid-19. Cette pandémie ravage l’Italie, l’Espagne, la France, les États-Unis pour ne citer les pays les plus touchés. Ce n’est pas parce que la pathologie fait des ravages chez les géants de l’humanité qui disposent des plus grandes infrastructures sanitaires à l’échelle mondiale, qu’elle soit obligée de dévaster les pays les plus pauvres.

À date, le coronavirus bouleverse les États-Unis, le pays le plus contaminé avec plus de 400 000 cas d’infection et 15 000 décès. Le virus chamboule l’Italie avec plus de 140 000 cas de contamination et 18 000 décès. Il chambarde la France avec plus de 113 000 cas d’infection et 10 000 morts.

Le coronavirus ne frappe pas les 188 pays dans lesquels il est détecté dans les mêmes proportions. Il fait des ravages chez les seigneurs du monde, tandis qu’il n’est pas dévastateur dans les contrées les plus pauvres avec une infrastructure sanitaire défaillante.

L’Équateur est le deuxième pays comptant le plus de victimes en Amérique du Sud après le Brésil. Il totalisait au jeudi 9 avril 2020 quatre mille neuf cent cinquante-quatre (4 954) cas d’infection au coronavirus et 272 morts. Le Burkina Faso compte 414 cas confirmés,  23 morts et 134 guéris. La Côte d’Ivoire compte 384 cas, 3 morts et 48 guéris. Le Niger compte 342 cas confirmés, 11 morts et 28 guéris. Le Ghana compte 313 cas confirmés, 6 morts et 31 guéris.

Pour comprendre l’évolution de la pandémie, il faut l’examiner dans son écosystème. Il faut l’analyser dans sa globalité. Il faut prendre en compte tous les paramètres. L’infrastructure sanitaire face à la virulence de la pathologie, comme pour toutes les maladies, est nécessaire, mais pas suffisante en tant que moyen de défense. Il faut considérer aussi le système immunitaire des populations.

Plusieurs études révèlent que les personnes en situation de comorbidité, c’est-à-dire qui associent au moins deux maladies chroniques, sont plus exposées. 85 % des personnes testées positives ne développent pas des formes graves de la maladie. Elles sont asymptomatiques.

Les bilans quotidiens démontrent que les pays des régions tropicales sont les pays dans lesquels on enregistre le moins de cas de décès. La pandémie fait plus de victimes dans les zones tempérées que dans les régions à température élevée. Les populations les plus vieillissantes sont moins résistibles au virus. 28% de la population italienne, le pays le plus endeuillé dû au coronavirus, le deuxième pays le plus vieillissant du monde, a plus de 65 ans.

On ne peut pas analyser les phénomènes en dehors de l’histoire. On ne peut pas examiner les événements sans se référer à l’histoire. L’histoire des pandémies à l’échelle planétaire ne démontre pas que ce sont les pays les plus pauvres qui sont toujours les plus impactés. La grippe espagnole de 1918-1919 avait enlevé la vie à plus de 500 000 personnes aux États-Unis, 2 000 000 de personnes en Chine et 18 000 000 en Inde, selon l’institut Pasteur, sans faire de carnage pour autant en Haïti qui était à l’époque sous l’occupation américaine.

Le coronavirus, comme toutes les pathologies, est une maladie mortelle. Mais, elle n’est pas incurable. À date, on enregistre plus de cas de guérison que de mortalité dans le monde. Ne soyons pas alarmiste. Nous pouvons limiter les dégâts sur le territoire national ; d’abord, en sensibilisant davantage les personnes les plus à risque ; ensuite, en continuant à informer la population sur l’évolution et la nature de la maladie, enfin en observant strictement les mesures barrière. 10 ans de cela, nous avions combattu le choléra en étant un pays pauvre. Ce n’est pas parce que le pays est dans une situation de pauvreté que l’on ne pourra pas combattre la pandémie. Nous avions déjà fait avec les moyens du bord, nous pouvons faire encore avec nos faibles moyens. Le Covid-19 n’est pas la fin du monde. Il ne sera pas la fin d’Haïti.

Joyeuses paques dans la discipline !

Mozard Lombard,

Éditorialiste de la Radio Télé Scoop,

Tél : (509) 3147-1145,

Email : [email protected]

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