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Actualités - février 27, 2020

Scoop édito : Que reste-t-il à l’État haïtien ?

L’État haïtien s’effrite depuis la chute du régime des Duvalier en 1986 qui exerçait une tyrannie, durant plus d’un quart de siècle, sur la nation haïtienne. Trente-quatre (24) ans après, il ne lui reste presque plus rien. Incapable d’organiser la société, de satisfaire les besoins de son peuple, l’État haïtien n’a plus d’autorité. Le pays n’est pas gouverné. Les institutions sont complètement défaillantes. La principale force de l’ordre nationale, l’institution policière, est au bord de l’éclatement.

Instrumentalisée par les politiques, la Police Nationale d’Haïti est profondément divisée. Les responsables du haut état-major, sournoisement, s’entredéchirent. Les agents essuient des mauvais traitements. Les sévices des policiers, dans ce contexte de crise politique qui bouleverse la société haïtienne, déstabilisent l’institution.  Une faction de la PNH réclame depuis près de deux mois l’établissement d’un syndicat devant préserver les droits des agents.

Les agents syndicalistes ont attaqué, dimanche dernier, le quartier général de l’armée haïtienne en reconstitution perçue comme une force tutélaire de l’actuel pouvoir en place. Des hostilités se sont éclatées dimanche dernier au champ de mars entre les policiers et les militaires. On a eu plusieurs blessés, deux (2) morts par balles, un dans chaque camp.

Cette attaque des flics contre les soldats laisse croire que la manifestation policière, infiltrée, de l’avis de plus d’un, n’est pas seulement un mouvement de revendication. Les policiers laissent comprendre que derrière leur mobilisation cachent des mains politiques.

Ce dimanche 23 février passé, lors de ce mouvement, les agents insurgés ont attaqué aussi les locaux de la Radio Télé Caraïbes considérée comme un média proche du pouvoir. Ils ont incendié à la ruelle Chavanne plusieurs automobiles. Quel rapport existe-t-il entre la mobilisation des policiers en rébellion et l’entreprise médiatique ? La Radio Télé Caraïbes s’oppose-t-elle aux revendications jugées justes et légitimes du groupe séditieux de la PNH?

L’institution policière, garante de la sécurité nationale, est devenue une épée de Damoclès sur la tête de la population. La société est menacée, alors que le phénomène de kidnapping et de gangstérisassions, qui plonge le pays dans une situation d’insécurité préoccupante, met au défi les autorités haïtienne.

La présidence est défiée, et ce presque partout. Le président ne pouvait plus se présenter à Vertière le 18 novembre dernier. Il était interdit de commémorer le 216e  anniversaire de l’Indépendance nationale, le 1e janvier passé de l’année en cours. S’emparant du carnaval, qui s’organisait autrefois sous les auspices des autorités municipales, l’État central a été bloqué. Il était empêché de réaliser les festivités carnavalesques le dimanche 23 février écoulé dans la capitale haïtienne.

Jovenel Moise ne peut presque plus rien organiser dans le pays. Nous avions déjà vu des présidents controversés. Mais, nous n’avons jamais vu un chef d’État autant traqué en Haïti depuis ces trente (30) dernières années.

Le pays fait face à une grave crise politique depuis plus d’un an qui met l’administration de Monsieur Moise dans ses petits souliers. Tandis que la crise ne s’est pas encore résolue, le président pense pouvoir agir sans contrainte. Le locataire du palais national n’a pas de légitimité populaire. Il ne pourrait jamais avancer en faisant fi de ses opposants. Pour se retirer du pétrin dans lequel il se retrouve, Jovenel Moise doit consentir à faire des concessions. Tant que le marasme politique ne sera pas aplani, la présidence aura toujours des difficultés pour organiser le moindre événement de portée nationale.

Mozard Lombard,

Éditorialiste de la Radio Télé Scoop,

Tél : (509) 3147-1145,

Email : [email protected]

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