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Haïti : Les meetings présidentiels ou guerre de foules entre les candidats

La grande partie des prétendants de l’actuelle présidentielle en Haïti se lance dans une guerre effrénée  de foule, où ils cherchent, à tour de rôle, à démontrer qu’ils sont en meilleurs position pour remporter le scrutin du 25 octobre prochain. Par principe, un meeting électoral est ce qu’il est. Un peu de perception, mais il est aussi déterminant dans le poids qu’aura le candidat dans l’opinion. Un meeting réussi met en confiance les partisans et peut attirer la sympathie de quelques indécis.

C’est pourquoi, les candidats partout à travers le monde sont sensibles au lancement de leur campagne, parce que leur souci premier c’est d’en faire un événement majeure. En 2011 par exemple Le Monde (23 janvier) a décrit le lancement de la campagne de François Hollande comme «l’élan indispensable » et Le Figaro (16 février) a décrit celui de Nicolas Sarkozy d’« entrer de façon fracassante dans la campagne ».

Et quant aux élections présidentielles qui se déroulent actuellement en Haïti, Jude Célestin, le premier à avoir lancé sa campagne, a réalisé dans le Plateau central un événement que le journal Le Nouvelliste (24 septembre) nous décrit de la manière suivante : « la mobilisation était si grande que le candidat et sa suite étaient obligés de faire le reste du trajet à pied et de prendre leur bain de foule ». Moise Jean Charles, celui dont Martelly porte encore les cicatrices pour ses discours combien non ménagé comme maitre incontesté de l’opposition, « attire la grande foule » nous dit Le Nouvelliste (28 septembre) dans la commune de Saint Michel de l’Attalaye. Jovenel Moise pour sa part, dont plus d’un critique pour son caractère assez gavroche par rapport à Michel Martelly, a quand même « séduit le grand Nord » lors du lancement de sa campagne si nous reprenons Gérard Maximeau. Eric Jean Baptiste qui lui-même fait la politique à sa manière, a procédé à une démonstration de force à Carrefour, son fief politique. Si Jean Henry Céant qui portait l’étendard du mouvement Lavalas en 2010 a « bloqué le Bel-Air avec plusieurs milliers de sympathisants », Marise Narcise, celle dont l’attitude a toujours été féale vis-à-vis d’Aristide, a mobilisé elle aussi, plus de 10,000 sympathisants sur la route Piste le 30 septembre dernier. D’autres candidats comme Mario Andresol, Steeve Khawly et tant d’autres encore, ont eu des lancements de campagne également d’envergure.

Depuis, les hiérarques des sondages se livrent dans une guerre sans fin. Les uns cherchent à réaliser plus de meetings possibles (plus de communes) et couvrant un large public (minimum 5.000 personnes). Et à ce niveau-là, les cinq prétendants les plus considérables sont Jovenel Moise, Jude Célestin, Moise Jean Charles,  Eric Jean Baptiste et Jean Henry Céant. Mon souci dans ce texte est d’évaluer et de questionner ces meetings.

A travers ce texte, je m’efforcerai de faire savoir les méthodes à utiliser par un candidat peut réussir un meeting électoral d’envergure ? Ensuite, Et vu la faiblesse des candidats à effectuer efficacement des suivis avec la population pour pouvoir évaluer leur impact réel, je propose à ce niveau une piste – par le biais des nouvelles technologies – qui pourrait se révéler très utile en termes d’évaluation. Car à mon avis, il ne suffit pas seulement pour les candidats de réaliser des rassemblements – peu importe leur envergure – mais l’important surtout c’est d’être en mesure d’évaluer le nombre approximatif de gens touchés ou sensibilisés, développer des outils de suivis, pour éviter qu’ils soient pris au piège de « l’illusion électorale ».

Les principes pour la réalisation d’un meeting électoral d’envergure en Haïti

Populaire ou pas, les candidats, pour réussir un meeting électoral d’envergure, doivent disposer les moyens financiers nécessaires et des équipes de professionnels. Sinon, peu importe leur niveau de popularité, ils se retrouveront dans une situation où seulement une petite poignée insignifiante de gens feront le déplacement, ce qui ne procurera pas aux candidats leurs véritables effets escomptés. Le candidat Steven Benoit par exemple, malgré qu’il soit connu, n’arrive pas à attirer la grande foule lors de ses meetings électoraux, à l’instar de candidats comme Jude Célestin et Moise Jean Charles. Pourtant, malgré l’impopularité de Jovenel Moise, étant désigné par le pouvoir en place, ce qui lui garantit une bonne part de l’artillerie étatique et de la machine présidentielle, ses meetings sont toujours bondés de gens. Dans ce cas, comment réussit-on un meeting ?

En effet, il nous faut d’entrée de jeu, dire pour le lecteur du présent article, que les méthodes pour réussir un meeting électoral varient d’un pays à d’autre. Ce que cela demande pour un pays où les citoyennes et citoyens sont organisé-e-s et où leur intérêt pour la chose publique est très poussé, ne sera pas la même chose pour une société pauvre où les citoyennes et citoyens sont peu organisés et manifestent très peu d’intérêt à intégrer les structures politiques. Est-ce pourquoi, le cas d’Haïti doit être analysé suivant une grille tiers-mondiste, mais aussi en tenant compte de certaines spécificités dues au niveau extrême de pauvreté dans lequel patauge la population, et le rapport sociohistorique qu’entreprend le peuple haïtien avec le pouvoir. Que doit-on donc savoir pour réussir un meeting ?

  1. Il existe une clientèle pour gonfler les meetings électoraux

On doit d’abord se rappeler que la popularité d’un leader politique ne suffit pas pour lui garantir un bon meeting électoral. Les meetings, les manifestations politiques ont une clientèle. Il existe dans la zone métropolitaine des personnes disponibles pour les meetings et manifestations peu importe pour qui, où et quand ils se réalisent. Il suffit de leur payer la journée et d’assurer leur déplacement. Cette situation s’explique à mon avis par l’absence quasi-totale de travail dans certaines zones du pays où les gens vivent dans la misère. Les meetings électoraux et manifestations sont vus comme des « emplois éclairs ».

  1. Contacter les leaders d’organisations

Bien que, depuis tantôt deux décennies, les organisations sont devenues de plus en plus faibles – où paradoxalement nous avons plus d’organisations mais  avec de moins en moins de membres – une chose reste toutefois certaine : même lorsque les organisations perdent de leur légitimité, mais les contextes électoraux étant toujours des périodes qui attirent l’attention, les organisations continuent à représenter le principal lieu de rencontre entre les leaders politiques et la population. Ainsi, pour réussir un grand meeting électoral, le consultant politique qui accompagne le candidat doit être en mesure d’identifier des organisations et des leaders capables de les aider dans la mobilisation en leur fournissant les matériels de promotion et moyens financier nécessaires. Phénomène devenu courant depuis tantôt dix ans, réussir un meeting électoral ou une manifestation politique, le candidat en déplacement doit s’assurer d’un défilé des motards et de la présence de bandes à pieds pour sillonner les quartiers.

  1. Avoir le soutien de notables

Dans les villes de provinces surtout, en dehors de l’appui des organisations, il faut inconditionnellement le soutien des « notables ». Ces personnalités sont dans leur communauté des figures respectées pour leur parcours, mais surtout leur position sociale. Ils sont dans la presse (grands journalistes, patrons de medias), dans le secteur religieux (pasteurs, prêtres, hougans…), dans le secteur économique (grands planteurs, commerçants…) et dans le secteur politique (autorités locales, maires, députés…). En l’absence du support de notables dans une communauté, la venue d’un candidat peut être considérée comme une voiture en parfait état mais sans pneus.

  1. Soutien public d’artistes en vogue

Les temps ont changé. La politique n’est pas seulement politique, elle est aussi culturelle. On doit à la fois convaincre et séduire. Les hommes et femmes politiques s’efforcent à avoir des alliés surtout dans le domaine musical avec les artistes et tendances en vogue, parce que leur présence garantit aux candidats dans une certaine mesure la sympathie d’une part importante de leurs fanatiques. A Céant, son Fantom et son Jean Jean Roosevelt ; à Jovenel Moise son Shabba, son Gracia Delva, son Tony Mix et autres ; Et à Jude Célestin, la part léonine des artiste, avec comme acquisition Don Kato, Gazman Couleur, Bricks, Izolan et tant d’autres encore, sans parler du tout dernier buzz en date, l’endossement de Wyclef Jean.

Comment une équipe de campagne peut efficacement profiter de ses meetings électoraux ?

Le fait pour un candidat de disposer des moyens, des compétences et des réseaux  nécessaires pour réussir de grands meetings électoraux ne suffisent pas pour lui garantir la victoire. L’opportunité qu’offre un grand meeting c’est tout simplement une belle audience, un large publica. Il ne serait pas étonnant de voir par exemple que les plusieurs milliers de personnes qui étaient présentes devant Jude Célestin à Jérémie, soient à moitié les mêmes qui constituaient la foule de Moise Jean Charles et de Jean Henry Céant. Dans le siècle actuel, le discours électoral est insuffisant, il ne suffit pas pour s’assurer du vote des militants qui de nos jours deviennent de plus en plus ondoyants et divers. Les candidats ont intérêt à faire usage des nouvelles technologies capables de garantir une base de données efficaces aux candidats. Pour la gestion des foules par exemple, il existe des appareils qui permettent d’enregistrer automatiquement des numéros de téléphones en service à partir du périmètre où se trouve l’appareil. Ce qui permettrait aux candidats, soit à partir de leur équipe phoning ou à partir d’un logiciel de campagne d’effectuer des suivis pour évaluer leur passage. Car paradoxalement, le fait de prendre part à un meeting ne suffit pas pour motiver les gens à gagner les urnes. Il faut des actions supplémentaires.

Roudy Stanley PENN

PDG PoliticoTech Consulting

Consultant politique | Membre de l’IAPC

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