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Haïti-Séisme : Allocution de l’Ambassadeur Denis Régis (Commémoration des 5 ans du séisme en Haïti)

Mesdames,

Messieurs,

Il y a cinq ans, à 16h53, heure locale, un séisme majeur, tel que le pays n’en avait jamais connu, plongeait Haïti dans le chaos le plus total. Très vite, il est apparu que ce tremblement de terre, de magnitude 7, avait pris les proportions d’une ‘’méga catastrophe’’ : 230.000 personnes tuées, selon les estimations basses, 300.000 blessées, et plus de 2 millions de personnes jetées à la rue, désemparés, démunis, sans-abri, broyés par le choc. Pas une famille qui n’ait été endeuillée. Port-au-Prince, la capitale n’était plus qu’un champ de ruines. Dix-sept pour cent (17%) des fonctionnaires de l’État avaient péri dans l’effondrement des immeubles du Gouvernement, dont le Palais National. L’Organisation des Nations Unies n’a pas été épargnée : 102 membres de son personnel sont morts ce jour-là.

Jamais le peuple haïtien, dans son histoire deux fois centenaire, n’avait été confronté à une tragédie d’une telle ampleur. Rarement dans l’histoire universelle avait-on enregistré une catastrophe naturelle au bilan humain aussi épouvantable et aussi effroyable.

L’histoire de l’après-séisme en Haïti est celle de l’élan de fraternité, de générosité et de solidarité exemplaires des nations du monde entier – dont les Nations Unies en sont la parfaite expression – à l’égard du peuple haïtien.

En effet, le premier moment de stupeur passé, très vite la solidarité internationale s’est organisée. Surmontant d’énormes difficultés logistiques et techniques, des milliers d’organisations internationales, d’ONG, d’agences humanitaires, de bénévoles, accourus de partout des pays voisins, des Caraïbes, d’Amérique du Nord et du Sud, d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie, affluèrent en Haïti et mirent l’épaule à la roue pour aider le pays à se relever des décombres. La réponse internationale au tremblement de terre en Haïti a été forte, puissante. Rarement a-t-on pris autant conscience de la communauté de destins qui unit tous les peuples du monde. Le peuple haïtien n’oubliera jamais cette manifestation d’entraide planétaire dont il a fait l’objet au lendemain de cette tragédie.

La cérémonie d’aujourd’hui, ici au siège des Nations Unies à New York, est d’abord l’occasion de saluer la mémoire des centaines de milliers de victimes, ainsi que la centaine de fonctionnaires de l’ONU, dont la vie a été fauchée lors du séisme du 12 janvier 2010.

 

Qu’il me soit permis, au nom du Président de la République, Son Excellence Michel Joseph MARTELLY, et au nom du Gouvernement et du peuple haïtiens, de féliciter le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et le Département du maintien de la paix et de leur exprimer toute notre gratitude d’avoir pris l’initiative de cette rencontre du souvenir.

Je tiens, du même coup, à rendre hommage à tous nos partenaires de la communauté internationale, aux instances de l’ONU, aux organismes d’aide et de coopération au développement, aux agences humanitaires, et à tous les bénévoles qui se sont dévoués et continuent d’œuvrer sur le terrain, inlassablement et avec un courage admirable, dans un coude à coude fraternel avec le peuple haïtien.

Cette cérémonie se veut aussi l’occasion d’un regard rétrospectif sur le chemin parcouru, l’ampleur et la complexité des défis qu’il nous a fallu surmonter depuis cinq ans, tout en prenant la mesure des difficultés subsistantes et du chemin, encore immense, qui nous reste à parcourir ensemble.

Car, aujourd’hui, cinq années après le drame, malgré les avancées incontestables, les séquelles subsistent, nombreuses et profondes. Les urgences sont là, criantes, et les défis à relever restent de taille. Le pays porte encore les marques indélébiles de cette terrible catastrophe. L’extrême vulnérabilité d’Haïti sur les plans environnemental, économique et social en a été, à coup sur, exacerbée. Certes, plus de 1.5 millions de déplacés ont été relocalisés grâce aux efforts conjoints du Gouvernement haïtien et de ses partenaires, mais des milliers de personnes continuent encore de dormir sous les tentes.

Il n’existe pas de réponse toute faite face à des événements d’une telle ampleur. La reconstruction, tout le monde en convient, est la plus grande difficulté dans les catastrophes naturelles soudaines. Le Gouvernement, les sinistrés, les sans-abri, la population, les partenaires, les donateurs, les ONG, tout le monde s’est vu confronté à des choix complexes, difficiles, devant la gravité des impacts, l’ampleur et l’urgence des besoins. Certes, il convient de déplorer ce que certains considèrent comme la ‘’lenteur de la reconstruction’’ et de tirer les leçons qui s’imposent. Comment, en effet, ne pas le reconnaitre? Les promesses, malheureusement, n’ont pas toujours été tenues. Les engagements solennels qui ont été pris, ici aux Nations Unies, sont parfois restés lettre morte ou ont trop longtemps tardé à se concrétiser. Bref, l’envergure des résultats est souvent demeurée en-deçà des attentes légitimes de la population.

Quoiqu’il en soit, nul ne peut ignorer l’ampleur des progrès accomplis. Les observateurs attentifs, de bonne foi, sont unanimes à le reconnaitre. Il me plait, à cet égard, de souligner les conclusions du Secrétaire Général des Nations Unies dans son dernier Rapport au Conseil de sécurité sur la situation en Haïti. Pour sa part, le Groupe consultatif de l’ECOSOC sur Haïti a mis en relief les ‘’efforts considérables déployés par les autorités haïtiennes et différents secteurs de la société pour reconstruire ce qui avait été détruit par le séisme dévastateur de 2010, répondre aux besoins de la société et promouvoir la croissance économique’’.

Le Chef de l’État et le Gouvernement haïtien sont d’ailleurs déterminés à poursuivre sur cette lancée tout en assurant, parallèlement la consolidation des structures de l’État de droit, de renforcement des institutions démocratiques et de promotion des droits de la personne. A cet égard, Haïti se trouve aujourd’hui ‘’à un tournant critique’’, comme l’a rappelé récemment Monsieur BAN Ki-moon. Les élections locales, municipales et législatives, trop longtemps différées, devront marquer un jalon important dans la stabilisation de nos institutions démocratiques. Haïti compte, à ce chapitre, sur la solidarité indéfectible de la communauté internationale.

Il existe peut-être des divergences d’appréciation quant au rythme et à l’envergure des progrès accomplis en Haïti pour surmonter les séquelles du séisme. Cependant, une chose est certaine : la reconstruction progresse. Les signes du renouveau sont là, partout, tangibles, témoignant de l’étonnante vitalité du peuple haïtien et de la résilience remarquable dont il a fait preuve au milieu de cette catastrophe sans précédent, comme il l’a d’ailleurs toujours fait, y compris aux heures les plus sombres de son histoire.

Le film ‘’I am Haiti – Je suis Haïti’’ qui va être projeté dans un instant en porte d’ailleurs témoignage. Il illustre la détermination du peuple haïtien de panser ses plaies et d’aller de l’avant. Je tiens, au nom du Gouvernement, à remercier l’auteur, ainsi que tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cette œuvre, qui constitue un bel hommage au peuple haïtien, à sa créativité, à son courage, à sa résilience et à sa foi inébranlable dans l’avenir.

Je voudrais, pour conclure, remercier une nouvelle fois les organisateurs de cette manifestation du souvenir ainsi que tous ceux et celles qui ont souhaité s’y associer et témoigner par leur présence – à laquelle nous sommes particulièrement sensibles – de leur solidarité à l’égard du peuple haïtien.

 

Je vous remercie.

 

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