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Libre édito : Après le gaspillage des trois mois de classe, nos écoliers recevront cette année une formation encore plus rabaissée

Après la reprise totale des activités scolaires sur toute l’étendue du territoire national, cette semaine, nos enfants ont recouvré leur droit à l’éducation. En raison de l’inflammation de la crise politique qui secouait Haïti de septembre à novembre 2019 derniers où les militants de l’opposition politique haïtienne avaient érigé des barricades partout à travers les rues de plusieurs villes du pays, rançonnaient les passants, les passagers, les chauffeurs de véhicules, brulaient au quotidien des pneus enflammés, nos différents établissements scolaires étaient contraints de fermer leurs portes. Nos filles et fils ont été privés de leur droit le plus fondamental. Le droit à l’éducation qui consacre notre humanité. Nos écoliers n’avaient pas pu reprendre le chemin de l’école, une condition indispensable à l’humanisation, la civilisation de notre espèce.

Depuis la cassure du mouvement contre le pouvoir du président Jovenel Moise, à la fin du mois de novembre dernier, progressivement un climat de paix est revenu dans le pays. Des établissements scolaires avaient convoqué leurs élèves au début du mois de décembre écoulé. Au cours de ce mois de décembre 2019, les leaders frondeurs, ne pouvant plus relancer la  machine de la mobilisation dans la capitale haïtienne, ont multiplié des appels pour maintenir le mouvement à travers nos villes de province. Ils ont réalisé des manifestations au Gonaïves, Saint Marc et à Miragoane. Ces manifs ne les ont pas permis de raviver le mouvement.

Après diverses tentatives de remobilisation, les chefs de files de l’opposition s’accordent pour la réouverture complète de l’école dans le pays au tout début de cette nouvelle année 2020. Nos gamins viennent de perdre gratuitement près de 90 jours de classe. Il faut dire que la notion de changement de système, incluant la refondation de l’école en Haïti, était l’une des principales revendications que charrient les protestataires.  

Nous n’étions pas obligés de bloquer durant trois mois les activités scolaires pour porter les dirigeants à révolutionner notre système éducatif. La réforme d’un système éducatif pouvait s’opérer pendant que se fonctionnent les écoles dans un pays. L’école ne doit jamais s’arrêter, même en temps de guerre. Nous avions bloqué vainement les activités scolaires à travers le pays. Le mouvement a fait fiasco. Le système demeure entier pour ne pas dire se dégénère. En moins de temps, nos écoles vont s’évertuer de couvrir leur programme. Nos écoliers vont payer les conséquences à prix fort, en recevant cette année une formation encore plus rabaissée.

Avant le blocage de la rentrée des classes en septembre dernier, nous avions près de 500.000 enfants âgés de 5 à 18 ans en dehors de notre système scolaire. Pendant la crise, plusieurs million de nos progénitures ont été déscolarisés. Quand ils ne sont pas à l’école, nous disent des spécialistes de l’UNICEF, les enfants sont exposés à la violence et risquent de développer des troubles psychologiques. L’école a le mérite d’offrir un environnement protecteur aux enfants, surtout ceux issus des milieux défavorisés qui sont les plus vulnérables.

Avec la fermeture des portes de nos établissements scolaires, nos gamins ont été privés de leur droit à l’éducation. Priver un enfant du droit à l’éducation revient à le déposséder de son humanité. Nous avons privé nos descendants de la civilisation. Avec la réouverture des classes, nos progénitures ont retrouvé leur humanité.

L’éducation est un droit. Elle ouvre la voie à l’exercice d’autres droits. C’est l’un des outils, explique des experts, les plus puissants qui permettent aux enfants et aux adultes exclus et marginalisés sur le plan social et économique de s’affranchir de la pauvreté et de participer pleinement à la société. « Si tous les adultes achevaient leur cycle d’études secondaires, le nombre de personnes touchées par la pauvreté dans le monde pourrait être divisé par deux, voire plus », disent-ils.

Nos écoles étaient déjà morbides avant les récents événements. Elles fournissaient à nos enfants une formation au rabais. Après ces derniers événements, elles vont être contraintes de précipiter leur programme. Loin d’arranger notre système éducatif, le gaspillage des trois mois de classe rabaissera davantage cette année la formation de nos gosses.

Mozard Lombard,

Éditorialiste de la Radio Télé Scoop,

Tél : (509) 3147-1145,

Email : [email protected]

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