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Centenaire de l’Œuvre baptiste de la Gonâve (1914-2014)

Première partie

Fêter le centenaire de l’Eglise baptiste de la Gonâve, cela sous-tend à dresser l’évolution de cette œuvre de Dieu sur cette île.  L’histoire de cette église, à son début, est liée à l’histoire de deux autres assemblées chrétiennes de la grande terre : l’Eglise baptise de Jacmel et l’Eglise baptiste de Saint-Marc. Durant la première période, il s’agissait d’une histoire de prédicateurs chrétiens : Sainvilus Sainvil, Nosirel Lhérisson,  Geo Archibald,  Paul Delattre,  Boaz Harris et consorts.

1.- Sainvilus Sainvil

Au début du XXe siècle, entre 1908-1915, des paysans venus du versant Sud du Massif de la Selle s’étaient rendus à la Gonâve à la recherche de terres cultivables. Ces gens étaient chassés de leur localité natale respective par des difficultés économiques survenues à la suite de sécheresse prolongée. A cette époque, et même depuis la fin du XIXe siècle, des gens de la grande terre avaient pris l’habitude d’aller faire du jardin à la Gonâve, pêcher dans les eaux gonâviennes et revenir des semaines ou des mois après dans leur communauté. Mise à part la Gonâve, d’autres migrants internes s’étaient rendus dans d’autres localités telles Miragoâne, Anse-à-Veau, Léogane en quête de terres plus propices à l’agriculture. Certains s’étaient établis à Port-au-Prince et s’étaient livrés à la pratique de petits métiers, ou avaient pris le chemin conduisant vers les bateys de la  République dominicaine.

C’est ainsi que des migrants-chrétiens, en plus de leur quête d’affaires sur l’île, avaient jugé bon de s’organiser et de partager la parole de Dieu. Tout le long des côtes et dans les mornes, ils s’installèrent dans de petits villages appelés « boucans ». Quelques-uns gardent toujours cette appellation.

Le premier rassemblement de ces chrétiens avait eu lieu à Mare-Sucrin sous la houlette de Sainvilus Sainvil. Ce noyau de chrétiens constitué était attaché tout naturellement à l’Eglise baptiste de Jacmel. Mais, le long parcours de Jacmel à la Gonâve ne se fait pas en ligne droite, le pasteur Nosirel  Lhérisson avait demandé au Pasteur Paul Delattre de Saint-Marc s’il pouvait s’occuper de la station de la Gonâve. Demande agrée. Delattre fut un français qui avait œuvré dans la métropole du Bas-Artibonite. Il avait contribué à la fondation de l’œuvre de Mare-Sucrin. Delattre avait effectué plusieurs visites à la Gonâve avant de demander au prédicateur Samuel Black de s’y consacrer.

Le Dr. Hector Paultre dans un court article dans l’édition du mardi 3 février 1925 du journal  Le Matin avait tenu à clarifier certains points soulevés dans une correspondance  antérieure  dans laquelle il était question de l’œuvre du pasteur Boaz Harris à la Gonâve.  Paultre avait  rappelé au lectorat de Le Matin que contrairement à ce qui avait été avancé la graine de la doctrine baptiste avait été plantée sur l’île bien avant la venue de ce pâtre américain originaire de la Guyane anglaise. Il a affirmé que même avant l’arrivée des paysans du Sud-Est, donc de Sainvilus Sainvil et de ces coreligionnaires, l’Eglise baptiste de Port-au-Prince avait déjà entretenu une petite station sur l’île. Soit !

De toute façon, on ne saurait négliger le travail des premiers prédicateurs de l’évangile à la Gonâve auxquels Paultre a fait référence. Le Dr. Catts Pressoir,  ayant fait œuvre d’historien du protestantisme haïtien, signale le premier voyage  de Paul Delattre sur l’île dans le courant de l’année 1912. Six ans plus tard, soit trois ans avant qu’Harris n’y mît les pieds, donc en 1918, l’Eglise de la Gonâve – c’est-à-dire l’ensemble des stations baptistes – pouvait compter 21 membres communiants, 15 candidats au baptême et 3000 assistants.

2.- Boaz Alexander Harris

PHOTO 2Le pasteur Boaz Alexander Harris (1890-1960) a été désigné en 1921 par la Lott Carrey Baptist Foreign Missionary Convention pour une mission en Haïti. Accompagné de sa femme, Florence et de ses deux filles, Pearly Esther et Viola, il laissa New York le 18 novembre 1921 pour débarquer à Port-au-Prince, 6 jours plus tard. Le même 24 novembre il se rendit à Saint-Marc, sa destination finale.

Harris arriva en Haïti par le fait que le Comité missionnaire de la Jamaïque, qui aidait la Première Eglise baptiste de Saint-Marc, voulait arrêter cette coopération. La Lott Carrey avait accepté de la poursuivre. Avant Harris cette mission avait déjà envoyé en Haïti Ton Evans et Geo Archibald. Ce dernier avait démarré une œuvre d’éducation à Mare-Sucrin, révèle Hector Paultre.

Dans le courant de l’année 1922, plus précisément au cours du mois d’août, le pasteur Harris effectua sa première visite à la Gonâve. Ce fut également la première prise de contact avec la communauté de croyants baptistes de l’île. Dans son mémoire, il relate avoir lui-même organisé l’Eglise de Mare-Sucrin le 30 août 1923.

Mare-Sucrin était le lieu principal de l’opération d’évangélisation du pasteur. A son arrivée, l’assemblée ne comptait que 39 membres. Dans l’espace de 2 ans et demi, il ouvrit progressivement 13 autres stations : Petite-Source, Petite-Anse, Mon-Repos, Plaine-Mapou, Café, Trou-Luly, Zabricot, Petit-Palmiste, Debalaine, Gros-Mangle, Grand-Vide, Bel-Platon et Pointe-à-Raquettes. Il avait  fait un découpage opérationnel de l’île. Mare-Sucrin était la station centrale pour la zone Est et celle de Gros-Mangle pour la zone Ouest.

En 1924, il ouvrit un dispensaire à Mare-Sucrin. Pour son fonctionnement, il avait reçu une aide en médicaments d’une valeur de 100 dollars de Bethany baptist Church de Newark dans le New Jersey. Parallèlement, il avait demandé au Service d’Hygiène de  Port-au-Prince de le prendre en charge. Le Dr. Nervain Célestin a été affecté au dispensaire. Un médecin américain effectuait régulièrement des visites mensuelles. Il y passa trois à quatre jours. Quelques années plus tard, le Service d’Hygiène avait ouvert un dispensaire à l’Anse-à-Galets et un autre à Pointe-à-Raquettes.

En 1925, un correspondant du journal Le Matin avait mis à l’actif de Boaz Harris la création de six écoles à la Gonâve. Il avait entamé les travaux d’agrandissement du temple de Mare-Sucrin, et avait pensé à faire de même pour celui de Gros-Mangles. Il voulait des temples capables d’accueillir plusieurs centaines de personnes.

2.1.- Les grands rassemblements

Dans l’évolution des églises de la Gonâve, il importe de mentionner deux grands rassemblements annuels au regard du nombre de fidèles, enfants, jeunes et adultes mobilisés, et de la diversité des programmes d’activités.

PHOTO 3

2.1.1.-  Fête de la Moisson

Nous nous en tenons au récit du pasteur A. F. Parkinson Turnbull, superintendant de l’Eglise méthodiste indépendante d’Haïti,  qui a été Mare-Sucrin à l’occasion de la fête de la moisson de l’année 1927. Le samedi 23 janvier : réception des dons et des produits des stations(en quantité : poulets, pintades, dindons, cabris, porcs, et ânes, mulets, etc.).

Le jour J, le dimanche 24 janvier, le culte a duré de 10 du matin à 4 :45 dans l’après-midi. Au-delà des centaines de membres présents, il fallait compter les 37 chefs de boucans constituant le comité de l’Eglise, un chœur de 70 élèves.

Ce culte annuel de la fête de la moisson a perdu de sa superbe, mais reste et demeure l’un des grands rendez-vous pour les fidèles baptistes de la Gonâve. Aujourd’hui encore.

2.1.2.- La fête de Pâques

Le quotidien La Presse dans sa livraison du 28 août 1929 fait état de la célébration de la fête de Pâques à Mare-Sucrin. Pourquoi Mare-Sucrin ? Ce fut la centrale ou s’était basé le pasteur Harris. Il y avait là une école avec un vaste terrain de gymnastique. La fête commençait avec les élèves des écoles des différentes stations. Ce beau monde se réunissait le dimanche de Pâques à Mare-Sucrin. Le lundi suivant, ils partirent en pique-nique soit aux Etroits, soit à Pointe-à-Raquettes. Au programme : Chants, récitations, banquets, jeux et autres attractions. Ce genre de rencontre semblait avoir démarré des années avant 1929. Jusqu’à présent la célébration pascale à Pointe-à-Raquettes subsiste comme un rendez-vous annuel fort prisé par  les baptistes de la Gonâve.

2.1.3.- Le pasteur Boaz Alexander Harris, un accompagnateur fidèle

Le révérend Harris était bien imbu de sa mission sociale à la Gonâve. Comme on l’a déjà mentionné, il y a beaucoup œuvré dans l’implantation d’écoles. Il était le premier à l’avoir fait. Le premier à y avoir installé un dispensaire. Donc, il visait le bien-être de ses brebis.

Il les avait  défendus aussi contre les abus des autorités, principalement contre les percepteurs de contribution et des gendarmes, parfois pour rien, excités comme des puces. Les autorités de l’époque, généralement de foi catholique, n’avaient pas vu d’un bon œil l’arrivée du protestantisme à la Gonâve. Ainsi, en 1926, à l’établissement de son œuvre à Pointe-à-Raquettes, quelques-uns des leaders autochtones furent arrêtés, mis en prison, accusés de pratiques superstitieuses. Le pasteur Boaz Alexander Harris, grâce à son influence et à ses démarches, les leaders religieux indigènes ont été remis en liberté.

En 1938, trois mille chrétiens étaient réunis pour la fête de Pâques à  Pointe-à-Raquettes. Un gendarme manipulé par des catholiques envieux arrêta un leader baptiste. Boaz Harris alla protester au bureau local de la Garde d’ Haïti. Il fut arrêté à son tour. La foule encercla la baraque qui servit de caserne. Le pasteur les calma. Les trois agents du poste militaire arrêtèrent de plus une cinquantaine de croyants, les accusèrent de complot contre l’autorité. Le même jour, Harris se rendit au bureau central de l’Armée à l’Anse-à-Galets. Le lieutenant d’alors vint à Pointe-à-Raquettes pour faire comprendre aux militaires  que Boaz Harris bénéficie de la protection du président Sténio Vincent. En 1941, il a avait connu les méfaits de la « Campagne des rejetés », vu qu’à la Gonâve les protestants étaient considérés comme des propagateurs de la superstition. Des prosélytes.

2.1.3.- Formation des leaders

A l’arrivée de Boaz Harris sur l’île,  la majorité des fidèles ne savaient ni lire ni écrire. Partant de ce constat, ils ont été alphabétisés et initiés à l’étude la parole de Dieu. La génération d’après a été scolarisée de façon formelle. A côté des gens formés à Saint-Marc, il fallait compter ceux de la Gonâve : Joseph Laurore, Necker Pierre, Eda Erasme, Gesner Fenestor, Wooley Charlier, Elfils Michel, Tarius St.- Arr, Sylvia St.-Vil, Michel Laurore et plusieurs dizaines d’autres. Les fruits de ce travail furent intéressants. En atteste le compliment adressé en 1947 au jeune gonâvien Moïse Angervil – fils d’Alcius Angervil – qui avait épaté les Saint-Marcois lors des festivités devant marquer le jubilé d’argent et l’anniversaire de naissance de Boaz Harris.

2.1.4.- Boaz Harris honoré par les autorités haïtiennes

En 1947 Boaz Alexander Harris feta ses 25 années de ministère en Haïti. De grandes activités étaient organisées pour l’occasion dans la ville de Saint-Marc. Les réjouissances avaient duré plusieurs jours – du samedi 28 décembre 1946 au jeudi 2 janvier 1947. En fait, la célébration fut double : Jubilé d’argent, mais aussi le 53e anniversaire de naissance du pasteur. Les fidèles avaient davantage le cœur en allegresse vu que ces festivités avaient coïncidé avec le retour de Boaz Harris en Haïti après une année d’absence. Emile G. Stuppard avait assisté à l’arrivée M. Harris ce jour-là à Saint-Marc :

« Le motor-car à peine arrivé à Saint-Marc, la foule, une foule immense composée de toutes les couches sociales s’amena pour saluer le Docteur Harris dont les réalisations sociales tant à Saint-Marc qu’à la Gonâve, dans le Sud et le Nord-Ouest, ne se comptent pas. Les vivats frénétiques accueillirent cet apôtre du Bien, qui revenait parmi les siens après une année d’absence. Chacun – riche ou pauvre – lui donnait l’accolade fraternelle.»

Le lendemain, le dimanche 29 décembre, au matin, les festivités continuèrent à l’Eglise Baptiste Silo inaugurée environ deux années plutôt. L’enceinte était comble. Les autorités locales avaient fait le déplacement. L’orchestre philarmonique de la ville avait charmé l’assistance. Au soir du même jour, une foule encore plus nombreuse avait pris place au temple. Le diacre Nervil Desvallons était revenu sur le travail réalisé par Harris dans le pays et principalement à la Gonâve où il avait ouvert écoles, dispensaires et s’était attaqué à la polygamie(?). Madame Salnave Philippe-Auguste  avait mis en avant les actions posées en faveur des déshérités de Saint-Marc. Joseph Laurore avait entretenu l’assistance sur l’impact positif du travail social du pasteur à la Gonâve, lequel a transformé quelques-uns en enseignants, directeurs d’écoles, pasteurs…

La fête s’était poursuivie le premier janvier 1947 qui marqua le 53e anniversaire de naissance de M. Harris. A côté des flots de félicitations reçues des adultes, ce jour-là des enfants des habitations  de « Barbe », « Desarmes » et de la Gonâve furent grandement impliqués dans les activités. Le discours prononcé en la circonstance par le pasteur  Joseph Charlotin Saint-Fort fut d’une grande émotion. Il s’écria :

« […] de même que le Ier janvier rappelle l’Indépendance Nationale, de même aussi il rappelle l’Indépendance spirituelle de tous ceux qui ont été emmenés à la lumière de l’Evangile par l’homme dont on fêtait le Jubilé d’Argent, car continua-t-il, le Dr. Harris est un disciple choisi par Dieu pour accomplir un travail donné dans un pays donné. »

Le pasteur Saint-Fort intensifia en ces termes son dithyrambe :

« Le flambeau de la liberté spirituelle que Pasteur Harris a allumé sera passé de génération en génération, ainsi que le nom de Boaz Harris, de cet Apôtre, de cet Anglais qui a tant aimé Haïti.»

Dans le cadre de cette année jubilaire, l’édilité de Saint-Marc décida de faire de Boaz Alexander Harris le citoyen d’honneur de cette ville. La cérémonie de remise du diplôme fut organisée dans l’après-midi du jeudi 30 janvier 1947 à l’hôtel de ville. Il  s’agissait d’un autre évènement tout aussi grandiose. Les plus hautes autorités haïtiennes étaient mobilisées. La ville de Saint-Marc également. Des délégations de sénateurs, de députés et de notables venus de tous les départements avaient pris part à la cérémonie. Des délégations de pasteurs venues d’autres confessions religieuses étaient présentes. L’animation fut telle que tout le commerce ferma. Les esprits étaient concentrés sur la cérémonie en l’honneur du pasteur Harris. Le président de la République, Dumarsais Estimé,  s’excusa de son absence et envoya au décoré un télégramme lu en la circonstance par le préfet Henri Marc Charles. Dans l’assistance on put remarquer une brochette de personnalités issues des secteurs politique, religieux, judicaire, éducatif et commercial de la société saint-marcoise. Le pasteur Harris, une nouvelle fois, projeté en pleine lumière, était bien entouré des membres de sa famille : Florence, sa femme, ses deux filles Mlle Pearly E. Harris, Mme Viola Harris Stuppard et ses deux filles, et du petit Eric Stuppard.

La célébration était ponctuée des discours du maire Edgard Michel – qui avait fait verser quelques larmes à Harris –, du préfet Henri Marc Charles et de celui prononcé par la personnalité honorée, lequel discours avait poussé l’assistance à s’interroger sur la notion de citoyen. Ce jeudi 30 janvier 1947, à la fin de la cérémonie, le pasteur Harris escorté du capitaine du district militaire et des maires de Saint-Marc reçut les honneurs d’un bataillon de la Garde d’Haïti. Le pasteur avait donné en la circonstance une belle réception en sa résidence, laquelle appartint jadis à un illustre Saint-Marcois, l’ancien président Nissage Saget.

Joseph Charlotin Saint-Fort qui avait fait le reportage de cette pompe dans Le Nouvelliste la boucla avec ses lignes de glorification :

« Saint-Marc s’était fait l’interprète de  toute la République pour intégrer Dr. Harris dans la Famille haïtienne. Il a bien mérité de la Patrie. Il a su nous comprendre, il a su comprendre nos ambitions, nos aspirations, il nous aime aussi et a manifesté son amour par les sacrifices consentis qu’il s’était imposés pour l’évolution de nos masses tant urbaines que rurales. Demain au Panthéon de l’histoire on lira son beau nom en lettres d’or ‘’Boaz Alexander Harris, la Patrie reconnaissante ‘’  »

Déjà en 1934, le pasteur Boaz Harris avait été décoré par le président Sténio Vincent de l’Ordre national au grade « Honneur et Mérite.» Le 14 janvier de cette année, une grande cérémonie, présidée par le colonel Hérissé René Guerrier, préfet des arrondissements de Saint-Marc et de Dessalines, fut organisée en son honneur à l’hôtel de ville de Saint-Marc. Dans l’assistance furent remarquées une pléiade de personnalités, le dessus de panier de la cité. Aux compliments du préfet Guerrier firent suite les propos louangeurs du maire Victor Guillaume à l’endroit de l’attributaire. Après la partie officielle, le couple Harris offrit aux invités une « réception grandiose » en sa résidence. A côté de l’aspect clinquant de la cérémonie, elle fut tintée par le vibrant discours, dans le fond comme dans la forme, prononcé par la vedette du jour.  Ce fut un cours de philosophie assez bien résumé sur les notions d’Egoïsme et d’Altruisme.

L’audience du pasteur Haris fut telle qu’elle ne laissa indifférents les politiciens et les plus hautes autorités du pays. Il avait aidé Sténio Vincent lors de la campagne présidentielle de 1930. Quand le candidat voulut visiter la population de la Gonâve, en juin 1930, Harris avait mis à sa disposition sa chaloupe à moteur. Un geste que le candidat n’avait pas oublié. De ce fait, deux mois après le voyage à la Gonâve, Sténio Vincent lui avait envoyé une courte mais sympathique lettre de remerciements. La missive porta la date du 2 août 1930. La reconnaissance personnelle du président Vincent, supportée par l’immense travail religieux et social que réalisa Harris dans le pays, avait été forte au point qu’il avait donné cette médaille au ministre religieux. Lors des élections de 1946, les principaux candidats se sont arrangés pour bénéficier de sa sympathie. Dumarsais Estimé l’avaient en estime. Ce support était recherché par les autres politiques, et ceci jusqu’à François Duvalier. Cette accointance politique était montée suivant le principe « donnant-donnant ». Le pasteur en tira plus de respect à travers le pays et cela lui avait facilité dans certaines situations.

3.-  Conflit de personnes, conflit d’intérêts

Le début de l’œuvre du Pasteur Boaz Harris à Saint-Marc n’avait pas été des plus faciles. Il avait été placé officiellement à la tête de la Première Eglise baptiste de Saint-Marc, par élection, le 3 février 1922, un peu plus de deux mois et demi après son débarquement à Port-au-Prince (le 24 novembre 1921). La mésentente avec l’assemblée le poussa à la démission le 12 août 1923. Il fut remplacé à la direction de cette église par Hector Paultre, un jeune médecin qui y officia auparavant comme diacre, fils d’Orius Paultre, un ancien pasteur de cette assemblée. Ainsi, Harris eut le temps de se consacrer beaucoup plus au champ gonâvien tout en cherchant à porter le message du Christ dans d’autres localités  comme Miragoâne, Charlier, Fonds-des-Nègres, Petit-Goâve, plus globalement dans les départements de l’Artibonite, de l’Ouest, du Nord-Ouest et du Sud. Néanmoins, patiemment, il conquit d’autres zones satellites de la ville de Saint-Marc et ne laissa jamais cette base d’opération, cette ville à laquelle il demeura fortement attachée. Ainsi, il fonda quelques temps après une autre église dans la ville de Saint-Marc. Ce fut l’Eglise baptiste Silo de Saint-Marc  couramment appelée la Deuxième Eglise baptiste de Saint-Marc. En juin 1943, grâce au support de la Lott Carey et aux contributions des fidèles de Saint-Marc et la Gonâve, il fit démarrer la construction du temple.  Les travaux avaient terminé en septembre 1944. L’inauguration avait eu lieu le dimanche 6 mai 1945.

En 1948  survint la mésentente entre le pasteur Boaz Alexander Harris et sa mission de tutelle, la Lott Carey Convention. Cette brouille  alla culminer à la fin du mois d’avril 1956 à l’éviction de ce pasteur de la direction de l’Eglise baptiste Silo de Saint-Marc après six années de procès. Le journal « Haiti Sun »  rapportait, à peu près ainsi, comment s’était déroulé la phase finale du processus de chasse de ce berger de cette église.  Des officiers de la justice avaient investi les lieux et pris le contrôle  du bâtiment et des terrains au nom des  propriétaires, à savoir la Lott Carey Convention basée à Washington D.C. Le congédiement du ministre du culte en charge de cette assemblée a été le résultat d’une intense bataille judiciaire entre ce dernier et  l’organisation religieuse américaine. Cet évènement allait gravement affecter la santé de M. Harris et serait l’une des causes de son décès, quatre années plus tard, selon les témoignages de certains de ses fidèles, de nos jours septuagénaires et octogénaires.

A SUIVRE

 

Idson Saint-Fleur

Journaliste, socio-démographe

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Tél : (509) 38 91 35 05

 

 

 

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