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André Apaid se prépare à entamer une procédure judiciaire contre le gouvernement

Son Excellence Monsieur Joseph Michel Martelly

andyPrésident de la République

Palais National

Monsieur le Président,

Tout d’abord je vous  prie d’excuser le ton de cette lettre que je crois justifié. A chacune des rares rencontres que nous avons eues j’ai toujours fait de mon mieux pour vous dire franchement et constructivement les choses. Cette fois-ci, pour des raisons évidentes, je me trouve dans l’obligation de vous adresser une lettre ouverte.

Quatre jours après que je vous ai  exprimé en public ma préoccupation de voir notre pays s’orienter vers une grave crise politique due à l’érosion de la confiance dans le processus électoral, j’ai été surpris de me retrouver bloqué à l’aéroport à l’occasion d’un voyage d’affaires important. En effet, le 30 aout, au Karibe, j’ai pris mon courage pour vous dire que la perception de l’implication de l’Exécutif dans la crise du CSPJ allait être à la base d’une détérioration de l’autorité morale de votre gouvernement et je vous invitais à rectifier ce qui aujourd’hui est évident pour tout le monde.  J’ai parlé durant 6 minutes, vous avez pris près de 20 minutes pour me répondre et pour m’exprimer de manière forte et passionnée votre désaccord.

Vu que je n’ai aucun doute que le Commissaire du gouvernement agit en votre nom et pour de multiples raisons politiques, je vais me permettre, tant pour la réputation de ma famille que par amour pour la patrie et le peuple haïtien qui sont en souffrance et en attente de solutions réelles à leurs problèmes, de vous inviter à une autre approche, si possible.

Mon père est connu pour avoir été un homme très courtois mais très courageux. Il a subi la prison au Fort Dimanche et un exil qui a duré 2 ans alors que 2 de ses enfants étaient retenus en otage en Haïti en 1962. Il a souffert cet exil à cause de son courage à amener au Sénateur Thomas Désulmé, alors en exil à la Jamaïque, ses 2 plus jeunes enfants ainsi que son épouse parce que ses 2 ainés venaient d’être tués par des membres du corps des VSN. Par la suite, M. Duvalier s’est excusé auprès de mon père au Palais, lui disant que son  exil était dû à une erreur des hommes en kaki. Mais le mal était fait. Durant ces 2 années d’exil et durant les années qui ont suivi cette période, alors que le monde entier s’ouvrait autour de nous, se démocratisait et se modernisait, j’ai observé ce que la peur avait fait aux plus pauvres, aux classes moyennes, aux élites économiques et intellectuelles de notre pays.

J’ai constaté avec peine combien d’hommes et de femmes de caractère, après beaucoup d’années de souffrances, étaient amenés ou forcés à laisser le pays ou à faire des compromis avec leurs convictions et leurs rêves de bien faire pour contribuer à une Haïti qui soit bonne pour tous ses enfants. Je vous écris tout cela pour que vous compreniez que sans être nécessairement téméraire, j’ai toujours demandé à Dieu de m’aider à surmonter ma peur car ce constat dont j’ai parlé plus tôt m’a troublé et révolté. Je suis convaincu que tant qu’on ne surmontera pas cette peur, et tant que ceux qui nous gouvernent ne comprendront qu’ils ne doivent pas l’utiliseron n’aura ni la démocratie, ni la créativité, ni la liberté, ni la confiance devant amener le niveau d’investissement nécessaire à changer la situation du peuple haïtien.

J’étais jeune mais j’ai bien vu et compris comment M. François Duvalier et son gouvernement, ayant besoin d’argent, avaient fait arrêter et attacher avec leurs ceintures de pantalon, les pères de plusieurs des jeunes commerçants d’aujourd’hui, beaucoup d’entre eux d’origine levantine ou de sang mêlé comme moi. Ils avaient été forcés de marcher à travers le marché de Croix des Bossales les pieds nus afin de les humilier, d’instaurer une peur bleue et d’obtenir les fonds qui nourrissaient la corruption du système d’alors. Je me suis confirmé à moi-même qu’un pouvoir qui intimide et fait peur à son secteur privé, ne facilite pas les investissements mais souvent prépare la soumission de quelques membres de ce secteur à rentrer par les portes arrières du Palais pour venir faire ensemble de l’argent. Tous les modèles passés et récents nous ont prouvés que ce type d’approche  n’amènera, ni à la démocratie, ni la créativité, ni la liberté, ni la confiance devant conduire au niveau d’investissement nécessaire à changer la situation du peuple haïtien.

En janvier de cette année, je me trouvais déjà en désaccord avec votre gouvernement sur certains changements et après la visite d’un de vos amis et conseillers à mon bureau me demandant de laisser tomber ce support à Monsieur Conille, j’ai vu mon nom écrit sur les murs de Bourdon à Port-au-Prince, me traitant de voleur et me disant « de laisser travailler le Président Martelly ». Il était clair, dès lors, que j’étais sur une liste spéciale, d’autant plus que d’autres fausses accusations plus graves venant de votre bureau m’ont été communiquées par plusieurs voies officielles.

Malheureusement Monsieur le Président, ce que je vous ai dit  timidement déjà, je me sens obligé de vous le dire publiquement et clairement: on ne s’en sort pas si ce que vous sentez ou la satisfaction de vos émotions continuent à être pour vous le plus important. Ceux qui vous connaissent respectent votre bravoure et votre témérité. Aujourd’hui, c’est à votre sagesse et à votre perspicacité que je fais un dernier appel public.

Avec vous on peut beaucoup  faire. Sans vous on va se perdre avant de se retrouver. Il y a 72 jours, à votre retour du Brésil, j’ai trouvé un membre de votre famille au téléphone pour demander une rencontre au cours de laquelle je voulais vous exprimer comment un groupe restreint et progressiste du secteur privé viendrait vous exposer un plan de création de 150,000 emplois sur 6 à 8 ans, pouvant amener 1.5 Milliard de dollars US d’exportation annuelle à notre Haïti. J’ai insisté et attendu pour vous le présenter, afin de vous faire rêver et  de mettre en place la machine; tout ceci, conditionné par votre volonté politique de réussir ce défi. J’étais confiant dans le moment et dans l’opportunité. Je dois vous dire, Monsieur le Président, que quand je sens la peur s’installer chez mes confrères, qu’ils ne sont pas mis à l’aise pour jouer leur rôle, que la peur et la flatterie commencent à s’installer de manière rampante dans les autres secteurs, je suis convaincu que tout va malheureusement mal se passer et que nous allons encore reculer pour le malheur du pays et de nos frères et sœurs. Sur ce chemin, vous n’amènerez pas le niveau d’investissement nécessaire à changer les conditions de vie du peuple haïtien surtout si la peur s’« institutionnalise ». Par contre, notre pays gagnera tout quand vous inspirerez la confiance et éventuellement l’admiration. Tant dans la constitution de

l’équipe du gouvernement que dans certains actes et certaines approches, il m’a semblé, à un moment donné, pouvoir espérer…

Il est tout à fait normal que votre gouvernement prenne des dispositions pour que les contribuables remplissent leurs devoirs et paient leurs taxes afin que se redistribuent équitablement les richesses créées. Lisez le projet de Contrat Social que nous avons aidé à rédiger après tant de consultations  et vous comprendrez que je suis sincère quand je le dis. Cependant, l’approche du Directeur de la DGI ainsi que celle du Commissaire du gouvernement sont arbitraires et à l’encontre de toutes vos intentions d’amener les investissements massifs nécessaires à créer la richesse et à changer la condition de vie de nos frères et sœurs haïtiens. Les paroles du Commissaire du gouvernement sur les ondes, la sortie malicieuse de la liste de commerçants et d’industriels, sa transmission orale et précipitée à l’immigration, me confirment qu’il y a des motifs ultérieurs.  Quant aux succès de la DGI ou de la Douane à rentrer plus d’argent, cela doit se produire correctement  ou ceci peut être considéré comme une rançon. Le renforcement de l’Etat et l’utilisation appropriée de son appareil coercitif sont nécessaires mais ils ne doivent, par des abus ciblés, amener une peur généralisée.

Il est tout à fait noble que vous créiez une fondation à vocation sociale. Cependant, Monsieur le Président, avec la peur qui s’installe dans le pays, aussi bien intentionné que vous puissiez l’être, il se développe aussi une perception que si, le mois prochain, cette fondation ou votre nouveau Parti devaient simplement appeler des individus à contribuer, les caisses de ces institutions se rempliraient en espèces plus vite que celles de la DGI ou de la Douane. Je suis certain que vous n’avez pas intérêt à renforcer cette perception.

Pour ma part, je prendrai des dispositions sous peu pour édifier le public sur les faits et les conséquences de cette affaire. Malheureusement pour moi, mon nom sur les murs ou passer la fin de votre mandat en prison ont le même effet sur ma personne, car, depuis longtemps, je me suis résigné à faire tous les sacrifices pour aider notre pays à sortir de sa situation.

Je ne vous demande pas de me rendre la faveur de vous pencher  sur le dossier qui aurait causé que mon nom soit mis sur la  liste d’interdiction de départ. Je vous prierais de préférence de trouver un moyen pour corriger le faux pas d’avoir mis plus de 60 hommes et femmes d’affaires sur une liste d’interdiction de départ, de manière indiscriminée, précipitée et selon une procédure sans précédent.

En attendant, j’ai prié mon conseil d’avocats de préparer une procédure judiciaire contre le gouvernement. Le geste posé à l’aéroport a des conséquences graves tant sur l’avenir de certaines de nos entreprises que sur la capacité de notre famille à continuer à créer des emplois dans un tel contexte.

Malgré mon angoisse pour le pays, recevez, Monsieur le Président, mes salutations en la Patrie,


André Michel Apaid

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