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Une bibliothèque s’en est allée avec le départ de Martial

Oraison funèbre du genre témoignage instantané


Je pleure, avec la nation émue et reconnaissante, la mort très douce d’un juriste érudit, politique avisé, presque centenaire, de souche paysanne solide et marcheur impénitent : Me Martial Célestin. Ganthier était sa “patria chica”, sa  “petite patrie”.

C’était un fin lettré grec, latin, littérature française etc. Les deux institution-phares congréganistes de Port-au-Prince, le Petit Séminaire Collège Saint Martial et l’Institution Saint Louis de Gonzague gardent encore la tradition stellaire et d’ailleurs rivale, de ne pas oublier les premiers de classes à travers la succession des « têtes de classes » de chaque promotion, par exemple Martial Célestin à son époque, Joseph Chatelain plus tard ou à Saint Louis votre serviteur (« Ti Manigat ») à mon époque. On se rappelle le cas de Martial Célestin comme phénoménal  Eh bien, la gueuse a fini par avoir raison de lui.

Martial m’a connu avant ma naissance, quand je faisais mes ébats dans l’espace étroit du ventre de ma mère, à la rue du Dr Aubry, chez le Dr Camille Doucet, avec son « cachimbo » au coin de la lèvre à Lalue, niveau des sœurs, dont l’épouse  allait être ma marraine. Je ne sais pas pourquoi, enfant, j’ai retenu la silhouette d’une camarade de jeu, connue  « Ti Caro », de Belladère, de la famille Ravix, sucrant son café d’un rapadou cylindrique. En voisin, Martial fréquentait les lieux. Le 16 août 1930, il m’a vu naître en quelque sorte, riverain de la rue du Dr Aubry dans le voisinage nord-est de la capitale d’où « sévissait », rayonnant sur toutes les écoles comme son fief,, le Dr Charmant, au service national d’hygiène. Je ne l’ai connu vraiment moi-même que trente ans plus tard, en 1946, mais l’ambiance chez les Doucet restés amis de ma famille après leur migration au haut de Lalue, a maintenu Martial dans notre proximité enfantine bien que « lointaine » pour le jeunet qu’il était, avec Rita (du Centre d’Art  avec Dewitt Peters), Lolotte, Chaboule, et Jacques Doucet qui ont accompagné notre univers en continuité au fur et à mesure d’être emportés vers l’au-delà. Ma manman, Man Dédée, était la marraine de Chaboule. Martial était dans le paysage. Mais 16 ans nous séparaient, alors Rubicon infranchissable.

Adolescent portant encore culottes, je suis entré dans la révolution de 1946 comme on entre en religion, René Dépestre et Massillon Coicou aidant.. Martial y campait de plein pied, très proche d’Estimé et de son équipe, et connu pour ses prises de position dans la triste affaire du double assassinat de Jean Rémy et de Viau qui a donné à la question de couleur l’occasion de s’exprimer. Martial était un quarante-sizard convaincu. Après quoi, déjà substitut du commissaire du gouvernement, il passera à la diplomatie comme secrétaire d’Ambassade à Paris pour les affaires culturelles. Il y entama des études économiques à la faculté de Droit et de Sciences économiques. Entre-temps, Il parviendra à la position de Chargé d’affaires a.i. quand Emile Saint Lot quitta précipitamment son poste prestigieux d’Ambassadeur dans la Ville-Lumière pour venir contribuer à la chute d’Estimé avec le groupe de Sénateurs dissidents en bouche avec Paul Magloire. C’est durant son séjour prolongé à Paris que s’est produit le drame du naufrage du paquebot « Champollion » en rade de Beyrouth, avec deux haïtiens à bord, le premier Charles de Catalogne, décédé noyé sur place, et le second, notre Martial qui a nagé jusqu’au rivage, exploit digne des jeux olympiques : Martial savait nager, ce que l’histoire postérieure devait confirmer.

C’est dans l’accomplissement de ses fonctions diplomatiques parisiennes  que j’ai connu Martial. Il s’occupait, par exemple, du dossier des étudiants haïtiens en France. Il y a aux archives du Ministère des affaires Etrangères un rapport de Martial sur un certain étudiant du nom de Leslie F. Manigat dont j’ai eu la copie à mon retour et qui n’a pas peu contribué à l’excellence de nos rapports personnels. La différence d’âge et d’expérience a ajouté une note quasi-personnelle d’affection filiale plus tard, à l’appréciation admirative dont il a fait montre à mon égard et dont je bénéficiais auprès de lui. Martial est parvenu au poste de Secrétaire Général de notre Chancellerie d’où l’a chassé en 1957 le zèle duvaliériste de Joseph D. Baguidy contre le haut dirigeant jumelliste qu’il était devenu de notoriété publique. Je l’ai vu, homme de bien, outragé de s’en aller sur une calomnie de service contre laquelle il s’est défendu vainement comme honnête homme de dossiers probants. Martial était de cette race-là. J’en porte témoignage.

Et depuis lors, sous la dynastie des Duvalier comme à l’ère soi-disant démocratique pervertie en populisme, c’est l’homme de loi qui l’a emporté dans son statut personnel et ses activités professionnelles. Avocat, juriste, doyen, bâtonnier de l’ordre des avocats, professeur de droit et directeur de thèses, il est la coqueluche de plusieurs promotions tout en gardant sa modestie de style en gérant son cabinet privé d’affaires où il était de mode aux étudiants de rechercher à faire leur stage. L’exil frappe les meilleurs sous la dictature,  Martial remplit sa faculté d’étudiants de substitution pour assurer la relève des promotions de basochiens, mais pour bien montrer où s’orientent son intelligence et son cœur humanistes, Martial, en compagnie de quelques professionnels de pointe comme Leslie Delatour, Charles Clermont, Pierre Clitandre du « Petit Samedi Soir », ose se présenter à Caracas pour participer, à visière levée, aux Etats Généraux de l’opposition que notre RDNP (Rassemblement des Démocrates Nationaux-Progressistes) a organisés, à mon initiative d’opposant, sous les auspices de l’Université des Travailleurs d’Amérique Latine (UTAL) à San Antonio de los Altos, Venezuela. En sont sortis « les quinze points de Caracas », Manifeste de l’opposition démocratique publié à l’intérieur d’Haiti sous le régime de Baby Doc.

Enfin, dernier chapitre d’une vie bien remplie, Martial dans le combat politique ouvert sous les couleurs socio-chrétiennes du RDNP comme parti du Centre-gauche progressiste qui aura gardé à sa tête pendant vingt-six ans son fondateur le professeur Leslie F. Manigat à travers huit congrès triennaux assortis d’élections démocratiques. C’est sous le gouvernement constitutionnel du président Leslie Manigat que celui-ci fit choix de Célestin pour être le premier Premier Ministre d’Haiti sous l’égide de la nouvelle Constitution de 1987. Les militaires au pouvoir, l’apprirent avec le pays, non seulement  par refus de les consulter au préalable, mais pour rendre claire la volonté de ne pas être soumis à aucune pression ni obstruction dans un moment malaisé où, derrière des sourires non voilés, je marchais sur des œufs. Martial, sur lequel je gardais les yeux et l’esprit fixés, accepta ses hautes responsabilités de chef de gouvernement avec une émotion mouillée de larmes de modestie reconnaissante (« ou fèm chef »), à cette nouvelle étape du parcours d’un combattant obstiné plus que largement septuagénaire, honneur au mérite. Même madame Manigat, significativement élue seulement « troisième » sénateur sur liste de trois selon le système constitutionnel, par les militaires en contrôle des élections au cours desquelles j’allais être élu président de la République, ( désinvolture à l’haitienne, affront ou confrontation ou en faisant peu cas car je n’étais pas le candidat originel des militaires et, en m’inscrivant, je prenais « un risque calculé »), Madame Manigat n’a été au courant de la nouvelle de mon choix de Martial qu’après coup, ayant consulté qui je devais consulter en l’occurrence.

Martial Célestin était et  aura été jusqu’à sa disparition, un des hauts dirigeants les plus assidus de notre parti, et c’est lui qui a lancé, par choix délibéré, dès 1990, deux ans après le renversement de notre régime par coup d’état militaire, l’opération de substitution de Mirlande Manigat en lieu et place de son mari comme Secrétaire-Générale du RDNP et candidate à la présidence de la République, ce qui est devenu la réalité d’aujourd’hui, c’est-à-dire cinq ans plus tard. Ce que l’on ne sait pas, c’est que Martial me l’a confirmé plusieurs fois en présence de témoins chez lui, que lors du coup d’état contre notre gouvernement, l’hostilité des militaires était dirigée contre moi et non contre lui, au point que, Martial dixit, le général Namphy l’a vainement cherché pour lui offrir la présidence provisoire de la République à titre intérimaire en juin 1988. L’ironie de l’histoire, c’est que notre premier ministre était le plus antimilitariste du gouvernement, impatient d’en découdre avec les uniformes au pouvoir en domination de la gouvernance civile. Je l’exhortais à temporiser, par réalisme et pour respecter le mandat de nomination du général Namphy comme commandant en chef des Forces Armées d’Haiti, « pas un jour de plus, pas un jour de moins ».

Martial s’en va juste au moment où Mirlande, son poulain déclaré, va entamer la campagne vers son accession comme première femme chef d’état d’Haiti. Il demeurera au poste d’observation là-haut pour guider la nouvelle équipe dirigeante qu’elle aura choisie en cas de victoire aux urnes, sur la base d’une avance considérable dans les intentions de vote exprimées par les sondages jusqu’ici. De toute façon, Martial Célestin, d’ici là, sera retourné en poussière sur son itinéraire de Ganthier à Ganthier où son ombre planera ad aeternam. Condoléances a sa famille éplorée frère, sœur, fille et fils, toute une kyrielle de parents en deuil de la perte de leur grand homme et bienfaiteur, et aux innombrables amis et relations.

Tu cesses d’être le patriarche en restant le « patri » d’un jeu de mot en surnom par lequel j’avais coutume de t’appeler, pour devenir d’une simple lettre ajoutée,  « la patrie ». Bon voyage, ami.

Leslie  F. Manigat

Oraison funèbre du genre témoignage instantané

Je pleure, avec la nation émue et reconnaissante, la mort très douce d’un juriste érudit, politique avisé, presque centenaire, de souche paysanne solide et marcheur impénitent : Me Martial Célestin. Ganthier était sa “patria chica”, sa  “petite patrie”.

C’était un fin lettré grec, latin, littérature française etc. Les deux institution-phares congréganistes de Port-au-Prince, le Petit Séminaire Collège Saint Martial et l’Institution Saint Louis de Gonzague gardent encore la tradition stellaire et d’ailleurs rivale, de ne pas oublier les premiers de classes à travers la succession des « têtes de classes » de chaque promotion, par exemple Martial Célestin à son époque, Joseph Chatelain plus tard ou à Saint Louis votre serviteur (« Ti Manigat ») à mon époque. On se rappelle le cas de Martial Célestin comme phénoménal  Eh bien, la gueuse a fini par avoir raison de lui.

Martial m’a connu avant ma naissance, quand je faisais mes ébats dans l’espace étroit du ventre de ma mère, à la rue du Dr Aubry, chez le Dr Camille Doucet, avec son « cachimbo » au coin de la lèvre à Lalue, niveau des sœurs, dont l’épouse  allait être ma marraine. Je ne sais pas pourquoi, enfant, j’ai retenu la silhouette d’une camarade de jeu, connue  « Ti Caro », de Belladère, de la famille Ravix, sucrant son café d’un rapadou cylindrique. En voisin, Martial fréquentait les lieux. Le 16 août 1930, il m’a vu naître en quelque sorte, riverain de la rue du Dr Aubry dans le voisinage nord-est de la capitale d’où « sévissait », rayonnant sur toutes les écoles comme son fief,, le Dr Charmant, au service national d’hygiène. Je ne l’ai connu vraiment moi-même que trente ans plus tard, en 1946, mais l’ambiance chez les Doucet restés amis de ma famille après leur migration au haut de Lalue, a maintenu Martial dans notre proximité enfantine bien que « lointaine » pour le jeunet qu’il était, avec Rita (du Centre d’Art  avec Dewitt Peters), Lolotte, Chaboule, et Jacques Doucet qui ont accompagné notre univers en continuité au fur et à mesure d’être emportés vers l’au-delà. Ma manman, Man Dédée, était la marraine de Chaboule. Martial était dans le paysage. Mais 16 ans nous séparaient, alors Rubicon infranchissable.

Adolescent portant encore culottes, je suis entré dans la révolution de 1946 comme on entre en religion, René Dépestre et Massillon Coicou aidant.. Martial y campait de plein pied, très proche d’Estimé et de son équipe, et connu pour ses prises de position dans la triste affaire du double assassinat de Jean Rémy et de Viau qui a donné à la question de couleur l’occasion de s’exprimer. Martial était un quarante-sizard convaincu. Après quoi, déjà substitut du commissaire du gouvernement, il passera à la diplomatie comme secrétaire d’Ambassade à Paris pour les affaires culturelles. Il y entama des études économiques à la faculté de Droit et de Sciences économiques. Entre-temps, Il parviendra à la position de Chargé d’affaires a.i. quand Emile Saint Lot quitta précipitamment son poste prestigieux d’Ambassadeur dans la Ville-Lumière pour venir contribuer à la chute d’Estimé avec le groupe de Sénateurs dissidents en bouche avec Paul Magloire. C’est durant son séjour prolongé à Paris que s’est produit le drame du naufrage du paquebot « Champollion » en rade de Beyrouth, avec deux haïtiens à bord, le premier Charles de Catalogne, décédé noyé sur place, et le second, notre Martial qui a nagé jusqu’au rivage, exploit digne des jeux olympiques : Martial savait nager, ce que l’histoire postérieure devait confirmer.

C’est dans l’accomplissement de ses fonctions diplomatiques parisiennes  que j’ai connu Martial. Il s’occupait, par exemple, du dossier des étudiants haïtiens en France. Il y a aux archives du Ministère des affaires Etrangères un rapport de Martial sur un certain étudiant du nom de Leslie F. Manigat dont j’ai eu la copie à mon retour et qui n’a pas peu contribué à l’excellence de nos rapports personnels. La différence d’âge et d’expérience a ajouté une note quasi-personnelle d’affection filiale plus tard, à l’appréciation admirative dont il a fait montre à mon égard et dont je bénéficiais auprès de lui. Martial est parvenu au poste de Secrétaire Général de notre Chancellerie d’où l’a chassé en 1957 le zèle duvaliériste de Joseph D. Baguidy contre le haut dirigeant jumelliste qu’il était devenu de notoriété publique. Je l’ai vu, homme de bien, outragé de s’en aller sur une calomnie de service contre laquelle il s’est défendu vainement comme honnête homme de dossiers probants. Martial était de cette race-là. J’en porte témoignage.

Et depuis lors, sous la dynastie des Duvalier comme à l’ère soi-disant démocratique pervertie en populisme, c’est l’homme de loi qui l’a emporté dans son statut personnel et ses activités professionnelles. Avocat, juriste, doyen, bâtonnier de l’ordre des avocats, professeur de droit et directeur de thèses, il est la coqueluche de plusieurs promotions tout en gardant sa modestie de style en gérant son cabinet privé d’affaires où il était de mode aux étudiants de rechercher à faire leur stage. L’exil frappe les meilleurs sous la dictature,  Martial remplit sa faculté d’étudiants de substitution pour assurer la relève des promotions de basochiens, mais pour bien montrer où s’orientent son intelligence et son cœur humanistes, Martial, en compagnie de quelques professionnels de pointe comme Leslie Delatour, Charles Clermont, Pierre Clitandre du « Petit Samedi Soir », ose se présenter à Caracas pour participer, à visière levée, aux Etats Généraux de l’opposition que notre RDNP (Rassemblement des Démocrates Nationaux-Progressistes) a organisés, à mon initiative d’opposant, sous les auspices de l’Université des Travailleurs d’Amérique Latine (UTAL) à San Antonio de los Altos, Venezuela. En sont sortis « les quinze points de Caracas », Manifeste de l’opposition démocratique publié à l’intérieur d’Haiti sous le régime de Baby Doc.

Enfin, dernier chapitre d’une vie bien remplie, Martial dans le combat politique ouvert sous les couleurs socio-chrétiennes du RDNP comme parti du Centre-gauche progressiste qui aura gardé à sa tête pendant vingt-six ans son fondateur le professeur Leslie F. Manigat à travers huit congrès triennaux assortis d’élections démocratiques. C’est sous le gouvernement constitutionnel du président Leslie Manigat que celui-ci fit choix de Célestin pour être le premier Premier Ministre d’Haiti sous l’égide de la nouvelle Constitution de 1987. Les militaires au pouvoir, l’apprirent avec le pays, non seulement  par refus de les consulter au préalable, mais pour rendre claire la volonté de ne pas être soumis à aucune pression ni obstruction dans un moment malaisé où, derrière des sourires non voilés, je marchais sur des œufs. Martial, sur lequel je gardais les yeux et l’esprit fixés, accepta ses hautes responsabilités de chef de gouvernement avec une émotion mouillée de larmes de modestie reconnaissante (« ou fèm chef »), à cette nouvelle étape du parcours d’un combattant obstiné plus que largement septuagénaire, honneur au mérite. Même madame Manigat, significativement élue seulement « troisième » sénateur sur liste de trois selon le système constitutionnel, par les militaires en contrôle des élections au cours desquelles j’allais être élu président de la République, ( désinvolture à l’haitienne, affront ou confrontation ou en faisant peu cas car je n’étais pas le candidat originel des militaires et, en m’inscrivant, je prenais « un risque calculé »), Madame Manigat n’a été au courant de la nouvelle de mon choix de Martial qu’après coup, ayant consulté qui je devais consulter en l’occurrence.

Martial Célestin était et  aura été jusqu’à sa disparition, un des hauts dirigeants les plus assidus de notre parti, et c’est lui qui a lancé, par choix délibéré, dès 1990, deux ans après le renversement de notre régime par coup d’état militaire, l’opération de substitution de Mirlande Manigat en lieu et place de son mari comme Secrétaire-Générale du RDNP et candidate à la présidence de la République, ce qui est devenu la réalité d’aujourd’hui, c’est-à-dire cinq ans plus tard. Ce que l’on ne sait pas, c’est que Martial me l’a confirmé plusieurs fois en présence de témoins chez lui, que lors du coup d’état contre notre gouvernement, l’hostilité des militaires était dirigée contre moi et non contre lui, au point que, Martial dixit, le général Namphy l’a vainement cherché pour lui offrir la présidence provisoire de la République à titre intérimaire en juin 1988. L’ironie de l’histoire, c’est que notre premier ministre était le plus antimilitariste du gouvernement, impatient d’en découdre avec les uniformes au pouvoir en domination de la gouvernance civile. Je l’exhortais à temporiser, par réalisme et pour respecter le mandat de nomination du général Namphy comme commandant en chef des Forces Armées d’Haiti, « pas un jour de plus, pas un jour de moins ».

Martial s’en va juste au moment où Mirlande, son poulain déclaré, va entamer la campagne vers son accession comme première femme chef d’état d’Haiti. Il demeurera au poste d’observation là-haut pour guider la nouvelle équipe dirigeante qu’elle aura choisie en cas de victoire aux urnes, sur la base d’une avance considérable dans les intentions de vote exprimées par les sondages jusqu’ici. De toute façon, Martial Célestin, d’ici là, sera retourné en poussière sur son itinéraire de Ganthier à Ganthier où son ombre planera ad aeternam. Condoléances a sa famille éplorée frère, sœur, fille et fils, toute une kyrielle de parents en deuil de la perte de leur grand homme et bienfaiteur, et aux innombrables amis et relations.

Tu cesses d’être le patriarche en restant le « patri » d’un jeu de mot en surnom par lequel j’avais coutume de t’appeler, pour devenir d’une simple lettre ajoutée,  « la patrie ». Bon voyage, ami.

Leslie  F. Manigat

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