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Pour une vraie République avec de vrais citoyens

Je m’étais toujours promis d’éviter de disperser mon énergie et de me consacrer exclusivement à mes activités professionnelles. Mais ces derniers jours je réagis assez violemment aux différents propos que j’entends autour de moi et je me sens pratiquement obligé de faire la leçon à tout un chacun qui en ma présence déclare qu’il n’ira pas voter aux prochaines élections.

Tout d’abord j’aimerais dire qu’en écrivant cet article, je n’ai l’intention d’entrer dans aucune bataille politique et que mon ambition ici est purement pédagogique.

Ma rédaction va porter sur trois thématiques : Qu’est-ce qu’une République et qu’est-ce que cela implique?, Qu’est-ce qu’un parti politique et ses implications dans la marche de la Cité? Et enfin porter une réflexion sur l’attitude de l’Exécutif relatif à la bonne marche du processus électoral. Cela m’oblige à me poser la cuisante et brulante question suivante : Qu’adviendra-t-il de tout cela?

Haïti est une République depuis 1806, nonobstant l’épisode de l’Empire de Soulouque. Le Siècle des Lumières a donné naissance à trois révolutions qui ont bouleversé le monde à tout jamais : La Révolution Américaine qui a donné naissance en 1776 à la Fédération des Etats-Unis, première république des Temps Modernes si on fait abstraction des républiques de la péninsule italienne (République de Venise, etc…) ; La Révolution Française de 1789 a sonné le glas des monarchies absolues et a engendré la première République française ; La Révolution de Saint Domingue qui a été la première révolution anti-esclavagiste et anticolonialiste des temps modernes et qui, fait rare, a triomphé et entrainé dans son sillage la naissance des républiques latino-américaines. J’ajouterais qu’elle a donné naissance à la République d’Haïti. Nous sommes donc d’accord que ces différents événements ont profondément remodelé l’Histoire du Monde.

Ces différentes révolutions ont porté sur les fonds baptismaux des nations qui ont connu des fortunes diverses. Moins de deux siècles après la création de l’Etat américain, celui-ci est devenu la première puissance industrielle du monde et pèse d’un poids incroyable sur les relations internationales. La République s’est finalement imposée en France après avoir connu dans un premier temps la Restauration de la Monarchie, puis le Second Empire. En Haïti dans un contexte fort différent de celui des deux premiers, il apparait évident aujourd’hui que cette société après deux siècles d’existence et deux siècles après avoir opté pour ce régime de gouvernement n’est pas encore arrivé à intérioriser les valeurs républicaines. Et c’est là toute la raison d’être de cet article.

Premièrement il est nécessaire pour moi d’expliquer à tout un chacun ce qui signifie le vocable République. La République fait référence à un Etat où tous les individus sont égaux en droit et en devoir devant la LOI. Une République digne de ce nom se doit de promouvoir l’égalité des chances entre les individus. Ce n’est pas un hasard si la devise des républicains est : « Liberté, Egalité, Fraternité. » Au cas où ceux qui liront cet article en doutent, il leur suffit de regarder une pièce de monnaie produite sous le pilotage de la Banque de la République d’Haïti et vous remarquerez, j’en suis sûr, que sur une des faces il est écrit : « République d’Haïti » et sur l’autre face : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Jusqu’à la venue de l’Euro, l’Etat Français produisait des pièces de monnaie reprenant la même devise ce qui montre la familiarité des deux Républiques, prenant leurs sources dans le même moule historique.

Une République est constituée d’un ensemble de citoyens qui à la manière d’un organisme animal ou végétal représente les cellules du corps social ou encore si vous préférez de la Nation. Dans une République, on ne peut pas être les sujets de sa Très Gracieuse Majesté Britannique. Les Citoyens ne sont pas des individus like this like that. Les Citoyens sont des individus qui ont pour obligation de se positionner par rapport à la chose publique, ce qui voudrait dire par rapport à la Politique (ce n’est pas un hasard si j’écris Politique avec grand P). Le mot République vient du latin : res, qui veut dire chose et publica, qui signifie publique. L’Haïtien a la mauvaise habitude d’étudier par cœur ce qui entraine qu’il ne réfléchit sur ce qu’il lit quand encore il lit. Le Citoyen pour participer à la marche de la Cité peut donc se positionner de deux manières : soit il se porte candidat pour une fonction élective, soit il remplit ses devoirs d’électeur. Il assume sa responsabilité de donner à la Politique telle ou telle direction. Ce n’est pas forcément en manifestant à longueur de journée, ou encore en érigeant des barricades, en mettant le feu au caoutchouc, en brisant des vitres de voiture qu’on se positionne comme citoyens. Pour mieux comprendre ce que représente dans l’Histoire Universelle cette conquête du droit du citoyen, il faut savoir que ce n’est pas tombé du Ciel. C’est un processus de luttes très actives qui ont commencé dès le 18ème siècle que chose bizarre, la République d’Haïti a pratiquement disposé dès sa création, tout au moins du point de vue théorique. Au cours du dix-neuvième siècle en France, on mourrait encore sous les barricades pour mettre en place ce régime politique et faire échec à la Monarchie. Pour vous en convaincre, je vous invite à lire ce roman écrit par un Dieu de la plume (Victor Hugo), les Misérables. Un incident d’une banalité extrême m’a permis un jour de comprendre ce que signifie le concept de République. J’étudiais à l’étranger plus exactement en France dans un établissement d’enseignement supérieur où une femme dans la soixantaine était responsable de la bibliothèque. Cette femme d’origine espagnole était probablement venue dans ce pays toute jeune à la fin des années 30 et était fille de républicains espagnols. Un jour alors que je sortais de l’école pour aller prendre un bus, une personne eut à déclarer qu’elle n’irait pas voter Dimanche et cette femme de lui répondre : « Vous n’avez pas le droit de faire ça. Il y a des pays dans lesquels les gens sont disposés à mourir pour avoir ce droit. » Je l’ai regardé et je me suis dit qu’en ce moment en Haïti des gens étaient disposés à mourir pour avoir ce droit. Qu’est-ce qui a changé? Il y a probablement un immense désenchantement par rapport à ce qu’on attendait du Changement que devait apporter la Démocratie.

Autre vocable important : La Démocratie. Que signifie la Démocratie? Le concept Démocratie, chose étonnante, est encore plus ancien que celui de République. Il vient du grec Démos qui signifie peuple et du grec Kratos qui signifie pouvoir. La Démocratie, c’est le pouvoir politique exercé par le peuple. La Démocratie, c’est un système politique dans lequel le peuple est appelé à exercer le pouvoir à travers ses représentants au Parlement, on parle alors de Démocratie représentative ou encore de Démocratie participative. Il est alors sollicité plus souvent et de manière plus directe. La Démocratie représentative est aujourd’hui la forme de gouvernement la plus répandue sur la Planète avec évidemment des variantes avec la présence ou non d’un Exécutif à deux têtes. La Démocratie participative est expérimentée en Suisse ou encore au niveau local dans certaines communes telles que Porto Alegre au Brésil sous le leadership du Parti des Travailleurs de Lula. J’ai eu l’opportunité de voir en Suisse que la population était appelée à se prononcer sur l’opportunité ou non d’émettre dans un canton tel ou tel type de contraventions. Il y a une chose extrêmement importante dès qu’on parle de Démocratie. La Démocratie s’exerce essentiellement à travers des partis politiques.

Qu’est-ce qu’un parti politique? C’est un regroupement de personnes qui partagent des points de vue similaires quant à la Direction qu’il faut donner à la Cité ou encore à la politique du Pays. Il y a deux choses qui caractérisent un Parti politique. La première, un Parti politique a une doctrine, un corps de pensée d’où il tire un Projet de Société. La deuxième, un Parti politique fait du recrutement. Il va chercher à avoir des adhérents et des sympathisants. Les adhérents vont cotiser pour permettre aux partis de trouver de l’argent pour participer aux campagnes lui permettant d’aller aux élections et de les gagner. Les sympathisants au moment des élections vont apporter leur voix aux partis en question de façon à ce que celui-ci puisse remporter les élections. De ces deux caractéristiques cardinales, nous pouvons en déduire deux autres. Un parti politique endoctrine son électorat et en particulier ses adhérents. Ensuite un parti politique met en place une organisation de manière à ce que quelle que soit les circonstances, il puisse participer aux élections. Après avoir énoncé ce qui précède, il est indispensable pour moi de déclarer qu’il n’existe pas en Haïti jusqu’à présent de parti politique. Ce qui peut contribuer à expliquer en partie, l’échec de l’après 86.

Les partis politiques en Haïti n’ont pas à proprement parler une doctrine et encore moins un projet de société. En fait, vous me dites si je me trompe, qui peut me dire ce qu’un parti politique haïtien quel qu’il soit veut faire quand il arrivera au Pouvoir. Mais ce qui m’a le plus choqué, c’est que pour des raisons que je ne m’explique pas, ils ne font pas de recrutement. Tout récemment quelqu’un a eu à déclarer en ma présence qu’il est possible qu’il y ait en Haïti près d’une centaine de partis politiques. Je lui avais répondu pour en fait lui montrer l’absurdité de la situation que le problème n’est pas là. Sur une population de dix millions d’habitants, s’il y avait un million de personnes qui adhéraient aux partis politiques ; un parti politique pourrait avoir au moins dix mille adhérents. Je doute aujourd’hui qu’il y a en Haïti un seul parti qui ait autant d’adhérents. Je milite en Haïti comme professionnel depuis près de vingt ans, j’ai des amis qui sont membres ou chefs de partis politiques. Jamais pas une fois, un d’entre eux ne m’a dit de venir participer à une réunion du parti. C’est pas normal. En 2002, je me suis rendu au Forum Social Mondial à Porto Alegre. J’ai passé cinq jours au Brésil, j’ai été invité à participer à une rencontre du Parti des Travailleurs.

J’ai parlé d’endoctrinement. Parlons-en. Les partis politiques surtout les plus extrémistes recrutent en général très jeunes. On a reproché à l’actuel Pape d’avoir été membre des jeunesses hitlériennes. L’endoctrinement est tel qu’il adhère au même parti toute leur vie et ne remette jamais en question publiquement les prises de position du mouvement. L’histoire d’Aragon qui est restée toute sa vie membre du parti communiste français indépendamment du fait qu’éclatait au grand jour les exactions du régime stalinien est là pour l’attester. La force d’un parti, c’est la discipline de ses membres. Alors comment pouvez-vous m’expliquer qu’un leader politique haïtien puisse changer de regroupement au cours de la même semaine? Il n’y a pas chez nos hommes politiques, vous me dites si je me trompe, la capacité de dire en peu de mots ce qu’ils veulent que la Société soit comme a su si bien le faire un Barack Obama ou un Nelson Mandela. Pour faire dans un tout autre registre, Hitler. Je suis désolé, Hitler a su faire rêver le peuple allemand. J’ai lu le discours de Barack Obama après les déclarations de son pasteur, j’ai pleuré à chaudes larmes. Je sais de quoi il parle, j’ai vécu aux Etats-Unis. Quel est l’homme politique haïtien en ce moment qui est capable de présenter au peuple haïtien un Discours qu’il dit avec toute son âme et dans lequel celui-ci retrouve son projet de société?

Il y a un homme politique qui a marqué le vingtième siècle et qui de mon point de vue est probablement la plus grande figure de notre époque et que les hommes politiques haïtiens gagneraient à prendre en exemple. J’ai nommé Nelson Mandela. Il y a à peine une semaine de cela, une de nos télévisions présentait un documentaire sur cet extraordinaire personnage. Le commentateur a eu a dire qu’il a tenu le même discours en sortant de prison que celui qu’il avait tenu vingt-huit ans plus tôt en y entrant. Ces propos pourraient se résumer à ceci : « Il ne veut ni de la domination des blancs, ni de la domination des noirs. Il veut qu’ils vivent ensemble. » Aujourd’hui Nelson Mandela a 92 ans, il est sorti de prison à l’âge de 72 ans. Il est entré en prison à l’âge de 44 ans. Je suppose qu’il a ce discours depuis le début de sa vie publique. Cela montre à quel point il a su rester conséquent envers lui-même, envers ses idées et envers son peuple. C’est aussi en un mot le credo de l’ANC. Cela veut dire qu’il a porté ses convictions toute sa vie. En 2010, nous avons vu avec la Coupe du Monde de Football ce que la force de l’esprit humain animé de véritables convictions peut faire. Dans notre histoire nous avons dans les personnages de Toussaint Louverture et de Jean Jacques Dessalines, des personnages de la même trempe. Lamartine a eu à dire de Toussaint Louverture ce qu’aujourd’hui on peut dire de Nelson Mandela ou de Fidel Castro : « Cet homme fut une Nation ».

L’ANC est un parti politique, il a une doctrine, il a un corps de pensée, il a un projet de société ; il n’en démord pas. Cela lui a pris cinquante ans pour le concrétiser. Voila ce qui s’appelle avoir de la conviction. Il a recruté et ses membres ont fait avec lui tout le chemin nécessaire jusqu’à la victoire finale et Dieu seul sait ce que cela a couté d’efforts et de sacrifices. Aujourd’hui à la télévision, j’ai vu une femme politique qui dans un premier temps était au MIDH, puis dans la Famille Lavalas et maintenant dans Respe. C’est quoi cette blague! Vous imaginez Jeff Bush traversant chez les Démocrates ou encore un Kennedy chez les Républicains. Soyons sérieux. Les hommes politiques haïtiens changent de camp plus vite que des girouettes au vent. Comment voulez-vous que les électeurs les prennent au sérieux? Comment voulez-vous qu’on soit motivé par ces gens la?

Bon maintenant passons aux choses sérieuses. La troisième thématique sur laquelle je m’étais promis de me pencher, c’est d’aborder la question relative à l’attitude de l’Exécutif par rapport au processus électoral. La première chose qu’il me semble important de signaler, c’est qu’aujourd’hui on parle d’élections pour transférer le pouvoir en Haïti et non pas de coup d’Etat. C’est un progrès. Il n’y a pas si longtemps, cela n’aurait pas paru saugrenu de voir une personne apparaitre sur le timon des affaires en Haïti à travers ce biais. Et lorsque je parle de coup d’Etat, je parle de coup d’Etat militaire ou à partir d’une force armée. Aujourd’hui l’ensemble des acteurs politiques semble être d’accord pour parler d’élections pour prendre le pouvoir politique. Ce qui n’est pas encore clair c’est si les groupes politiques veulent atteindre leur objectif en procédant à un coup d’Etat électoral ou en acceptant le verdict des élections à travers un processus électoral crédible. C’est le débat de l’heure.

La Constitution haïtienne de 1987 qui est supposée être en application montre clairement comment on doit mettre en place le Conseil Electoral Permanent. Les différents pouvoirs qui se sont succédé depuis 1986 n’ont jamais réalisé les élections indirectes qui auraient permis de mettre en place le Conseil Electoral Permanent et nous éviter toutes les crises que nous avons connues. A l’avènement du second mandat de l’actuel tenant du Pouvoir Exécutif, nous avions une excellente opportunité de mettre en place ces institutions qui auraient permis à la base de la population haïtienne de participer (le choix de ce mot n’est pas innocent) à la gestion de la chose publique. Les élections indirectes auraient permis la constitution des assemblées locales, des assemblées départementales, du Conseil Interdépartemental et finalement du Conseil Electoral Permanent. La mise en place de ces institutions aurait permis à la société haïtienne de participer plus étroitement à la construction d’une nouvelle société, de s’impliquer davantage dans le développement de leurs communautés. Aujourd’hui le gros de la population haïtienne se sent étranger dans son propre pays et le rêve haïtien, c’est l’obtention du visa américain dans le meilleur des cas, dominicain dans le pire des cas. Et encore ils risquent parfois de s’enfuir sans même avoir ces documents. La majeure partie des citoyens haïtiens perçoit ce pays comme un espace captif dont il faut s’enfuir à tout prix. Comment construire un pays avec de tels individus et le pire, c’est que le pouvoir en place fait tout pour que cela perdure? Haïti, c’est une République en mal de citoyens. L’Haïtien, c’est un citoyen en mal de République.

La Constitution Haïtienne de 1987 si elle avait été appliquée aurait permis l’avènement d’un pouvoir articulé qui aurait incité un nombre important d’acteurs à jouer le rôle qui est le leur dans la conduite de la Cité. Plus un pouvoir est articulé, plus il permet à la société de trouver des réponses à ces problèmes qui tiennent compte de l’intérêt et des aspirations de la majorité de ses citoyens. Ce n’est pas un hasard si les sociétés qui ont adopté cette forme de gouvernance sont aujourd’hui les sociétés les plus avancées. Après cinq ans de pouvoir, que constatons-nous? Au lieu qu’on aille vers une plus grande articulation du Pouvoir, une plus décentralisation de celui-ci qui aurait permis à un plus grand nombre de citoyens de s’y retrouver ; on a été vers une plus grande centralisation et on peut le dire vers une plus grande personnalisation. Le pouvoir politique est concentré entre les mains du Président de la République et du gouvernement. Ce sont là les causes profondes de l’actuelle crise que l’on rencontre. Les propos tenus par l’actuel Maire de Port-au-Prince relatifs à la crainte de la constitution d’une République des maires révèlent bien ce schéma de pensée.

Les actuels tenants du Pouvoir Exécutif sont mille fois plus réactionnaires que les Duvalier père et fils. En disant cela, je ne retire rien à la barbarie duvaliériste. Mais François Duvalier survient à un moment où sur l’échiquier international, il était difficile d’avoir autre chose qu’un Duvalier en Haïti. L’Amérique sortait à peine du maccartisme. Nous étions à l’époque où les américains voyaient un communiste dans chaque arbre. Nous étions à l’époque de la guerre froide. Duvalier était pour eux celui qui pouvait faire le sale boulot. L’Amérique latine était truffée de dictatures, en veux-tu en voila. Somoza au Nicaragua, Trujillo en République Dominicaine, François Duvalier était dans l’air du temps dans les années 60. Jean Claude Duvalier était déjà anachronique dans les années 80 mais ce que l’on assiste aujourd’hui en 2010 dépasse les sommets de tout ce que l’on peut imaginer. La couleur dominante de l’Amérique Latine aujourd’hui est le rose, allant du rose clair avec Lula, Kichner au rose foncé avec Morales, Correa et Chavez avec de surcroit Barack Obama comme président des Etats-Unis. Aujourd’hui le ton est à la Démocratie et à la participation démocratique. S’opposer à la mise en place des institutions de la Constitution de 1987 est d’une absurdité infinie mais c’est pourtant ce que fait le pouvoir en place. Ils ne travaillent que pour le maintien du statuquo avec ce que cela coute au peuple haïtien chaque jour de souffrances. Ils sont profondément anti-démocratiques et anti-politiques.

Il semblerait que les actuels tenants du Pouvoir Exécutif pensent qu’ils vont ainsi arriver à se pérenniser au Pouvoir et à se protéger des conséquences que leurs actions peuvent avoir demain. C’est un point de v mais ce n’est pas le mien. Tout d’abord je pense que des institutions fortes protègent les citoyens et que lorsqu’on n’est pas au pouvoir, on redevient simple citoyen. La meilleure protection que l’on pourrait s’offrir aurait été de mettre en place des institutions fortes durant son passage au Pouvoir. Apparemment toutefois ce n’est pas l’option qu’on aurait choisi d’adopter. Je ne dirais qu’une seule chose : Il faut faire très attention de ne pas être la première victime du monstre qu’on va engendrer.

Alors quelles sont les perspectives? Un ami tout récemment disait qu’il ne pouvait imaginer que nous puissions descendre plus bas et que d’après lui, nous avions atteint le fond de l’abime. Je suis désolé pour lui, nous pouvons descendre encore plus bas et nous allons probablement le faire. Montesquieu dans l’Esprit des Lois avait expliqué que tout système de gouvernement est basé sur un principe qui le sous-tend, qui l’anime. Celui de la République, c’est l’implication du Citoyen à la chose publique. Or aujourd’hui le citoyen haïtien n’existe pas. C’est un individu éthéré dont l’imaginaire est ailleurs. Il n’y a aujourd’hui aucune structure capable de l’encadrer pour qu’il puisse imaginer une autre Haïti. Il ne rêve que de partir et l’essentiel de son énergie quand ce n’est pas pour sa survie immédiate est utilisé pour atteindre cet objectif et peut-on réellement lui en tenir grief puisque ceux qui sont chargés de l’aider ne lui propose aucune autre alternative. Plus encore que la corruption, le désespoir est probablement ce qui est le plus enraciné dans la société haïtienne et le plus endémique.

Et pourtant il n’y a là rien d’irréversible, la société haïtienne possède encore un dynamisme à nul autre pareil qui ne demande qu’à exploser. Alors que faire? Le 28 Novembre, il faut aller voter, il faut aller voter en masse. Nous savons tous qu’on nous prépare une élection bidon à nul autre pareil. On sait ça. On sait que tout est mis en place pour que les intérêts d’un petit nombre aient la prééminence sur ceux du plus grand nombre. On sait ça. On sait qu’on va nous voler notre vote mais on ne peut pas nous voler notre âme. Parce qu’en n’allant pas voter le 28 Novembre, voici le message que nous délivrons : « Nous ne voulons pas de la République. » Or ce n’est pas de la République que nous ne voulons pas, c’est d’eux. Voter pour le candidat de votre choix. Si vous n’en avez pas ce que je peux parfaitement comprendre, voter blanc. Ce qui revient à déposer votre bulletin de vote dans l’urne sans pourtant ne cocher aucune case. Il faut aller voter massivement pour leur dire que nous voulons toujours d’une République qui croit en l’égalité des chances de tous ces citoyens même si nous ne l’avons jamais eu, que nous croyons que nous méritons la Démocratie que l’on nous a jamais donné, qu’être haïtien c’est toujours une identité qui veut dire qu’on est un homme debout, un homme vertical, que si les Duvalier ne nous ont pas fait perdre notre âme, c’est pas eux qui réussiront. Voila c’est tout ce que j’avais à dire. Je crois que je me suis trompé, j’ai fait de la politique. J’ai posé un acte citoyen.

Dimitri Norris, citoyen haïtien

 

 

 

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