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Haiti/Coopération : Du cinéma brésilien aux Gonaïves!

D’habitude, aux Gonaïves les vacances d’été se résument aux activités des disc jockeys, aux émissions de radio, et autres randonnées diverses à la campagne. Cette année, le chargé de missions de la mairie des Gonaïves, M Fred Brutus, a proposé à la mairie des Gonaïves du nouveau : du cinéma.

 

Pas le genre connu comme le loup blanc chez nous, le cinéma hollywoodien mais du cinéma quelque peu nouveau genre pour le public gonaïvien : le cinéma brésilien. L’idée a germé et l’Ambassade du Brésil a complètement endossé la réalisation de la semaine du cinéma brésilien du 1er au 4 aout 2009 aux Gonaïves avec la franche collaboration du Centre Haïti-Brésil Celso Ortega Terra dirigé par Mme Normelia Parise, la Mairie des Gonaïves et le Collège Immaculée Conception. 

Ce fut une ville sens dessus dessous qui accueillit la délégation. Une ville terne, poussiéreuse, décatie. Si ce n’était l’électricité vingt quatre heures sur vingt quatre n’importe quel voyageur se demanderait s’il y a de la vie là-bas.   Contrairement à ce qu’on pourrait s’attendre vu les récentes visites du Chef de l’Etat, la ville des Gonaïves ressemble à un vaste mensonge inscrit en grandes lettres sur son fronton. C’est pire que d’avilir le mot «  ville ».  

L’attachée culturelle de l’Ambassade du Brésil, la directrice du centre Celso Ortega Terra, Mme Normelia Parise est arrivée aux Gonaïves accompagnée de M Brutus. C’est avec beaucoup de sympathie que le Maire de la ville (je peine à utiliser ce mot), M.Stephen Moise Junior  les a reçus et leur a souhaité la bienvenue lors du lancement de ce cycle de films brésiliens à ‘’Référence Ciné’’ le samedi 1er août dernier. Après avoir été victime de catastrophes naturelles meurtrières, Gonaïves, au dire de M Moise doit se refaire une santé culturelle, et cette activité cinématographique à laquelle la Mairie prend part n’est que la poursuite de ce combat. Il a présenté ses hommages et félicitations à l’Ambassade du Brésil et le Centre Haïti-Brésil pour avoir accepté de présenter aux Gonaïviens cette activité. Pour M. Moïse, il s’agit d’une solidarité manifeste et hautement considérable qui est pour les Gonaïviens  un motif d’encouragement à ne pas céder à la désolation et à poursuivre leurs efforts pour construire une société plus digne et plus solidaire. 

Gonaïves peut-il devenir le « flambeau culturel » du pays comme le souhaite le Maire des Gonaïves? Pour lui, la présence de l’attachée culturelle est une porte toute ouverte à la coopération culturelle entre le Brésil et la ville des Gonaïves qui va se structurer, nous l’espérons,  et s’étendre à d’autre niveau dans la perspective de ce renouveau dont nous avons tous besoin. Vu l’effectif des gens qui avaient assisté à ce lancement, c’est à croire qu’aux Gonaïves qu’il n’y a pas d’intellectuels ni de cinéphiles amants de la culture. Cependant, les autres séances ont attiré un beau public, quoique maigre. Une ville qui intrinsèquement serait comme son image ? Ça fait très peur. Et elle n’est pas la seule. 

Le cinéma brésilien, on en sait peu de choses aux Gonaïves. Du moins, on n’a point vu de films sud-américains à l’affiche jusqu’à la première semaine du mois d’août (hormis, bien sur les séries télévisées : Le Roman de la vie, Au cœur du péché qui cartonnent à travers le pays …). Le fait est que nos chaînes de télévision n’offrent qu’une image trop hollywoodienne du cinéma. Et pire ! La mondialisation y est pour beaucoup. La célébrité aux plus offrants et aux plus capables. Pourtant le Brésil comme ses pays amis du BRIC peut offrir un cinéma de très grande qualité.  C’est pour le prouver sans doute que Mme Normelia a choisi des films ayant été sélectionnés pour le Festival de Cannes ou y ayant reçu des prix.   

C’est dans une salle ayant la capacité de 96 sièges qu’avait été prévu le déroulement du cycle de cinéma brésilien. A la rue Henry Christophe se tient la coquette bâtisse du  cinéma. Le samedi 1er aout a été projeté le premier film de la série : « Antonio Das Mortes ». C’est un film réalisé en 1969 qui met en exergue l’univers mythique du cinéma brésilien. Ce film qui méritait d’être débattu n’a pas eu l’appréciation du public qui était plutôt jeune.  Le film s’intéresse au phénomène des bandes armées : les cangaceiros, qui au XIXème siècle parcouraient la région semi aride du Nordeste brésilien. Un peu de cinema novo de Glauber Rocha, c’était en principe un choix intéressant pour débuter le cycle puisque de nos jours, parlant du cinéma brésilien, on met à l’index le Cinema Novo. 

Cependant « O Homen que copiava » (l’homme qui copiait), du réalisateur Jorge Furtado avec la participation du fameux acteur brésilien Lazaro Ramos (le petit ami de Tais Araujo dite Preta selon Mme Normelia) a mieux séduit les jeunes. C’est un film moderne qui fait voir jusqu’où s’étend le champ d’action d’un homme pauvre pour s’attirer l’amour d’une femme. Toujours les femmes ! Les deux films du dimanche 2 aout ont reçu une ovation timide. C’est la fin des films qui a un peu dérangé. On comprend parfaitement que le public se soit comporté ainsi vu qu’il est habitué aux films avec toujours un happy end sans suspense apparente. 

 Dimanche après-midi, c’est avec « Abril  despedaçado » (Avril Brisé) qu’on a ouvert les séances. Abril Despedaçado est inspiré du roman Avril Brisé, de l’écrivain albanais Ismail Kadaré. Le scénario a été écrit par Walter Salles, Sérgio Machado et Karim Aïnouz. C’est un film qui nous a  laissé une image déplorable d’un code de la vengeance de la région géographique désertique du Nord-Est brésilien.  

On l’aura compris, Le bas de la ville est d’une fin tragique qui a poussé au grognement. Deux bons amis (un noir et un blanc) qui se font une pute et qui en tombent amoureux. Cette dernière tombera amoureuse des deux et sera enceinte. Mais de qui ? Personne ne sait. La deuxème journée de ce cycle de cinéma a présenté des acteurs dont la vie est coupée en deux ; Tonho, 20 ans (dans Avril Brisé) a sa vie scindée en deux après avoir vengé son frère : les 20 ans qu’il a vécu et le peu de temps qui lui restait à vivre. Karina, la pute, partage sa vie amoureuse qui la dépassera à la fin entre deux hommes mais aussi doit-elle choisir entre deux choses : l’amour et son boulot de pute. Et les deux amis qui doivent choisir entre leur amitié et leur amour pour la fille ou la fille elle-même.    

Le film réalisé par Fernando Mereilles et Katia Lund, « Cité de Dieu » est d’une violence terrible. On dirait des gangs armés d’Haiti ,sans foi ni loi, qui veulent acquérir le marché des armes et de la drogue. Ce film a été surtout apprécié pour y avoir pu  remarquer Carotte ( Césinio, ami de Preta dans Au Coeur du Péché) chef de gang.  

Il n’y a pas l’ombre d’un doute que le film que l’on attendait le plus après divers périples dans les stations de radio pour parler cinéma brésilien est “Les Filles du vent” de Tais Araujo. Ce film qui devait être vu lundi après-midi n’a pas pu être projeté suite à la disparition du film au centre depuis Pétionville. Promettant de revenir une prochaine fois avec le film, le commandant du Brésil, on a dû le remplacer par le film documentaire de Jonathan Demme produit en 2003 sur Jean Dominique. : “L’Agronome”. Le titre de la version originale anglaise est The Agronomist. 

Bon nombre de notables ont fait le déplacement pour le voir. Un documentaire qui rappelle la bravoure d’un homme, l’agronome qui se retrouve journaliste et partisan zélé de la classe paysanne,son défenseur,  et l’époque des interdits, apanage de deux régimes dictatoriaux, de la cruauté des sbires des Duvalier et la méchanceté  du père et du fils. Le journaliste Jean Dominique, militant avec sa femme Michèle Montas pour une information accessible par Radio Haiti-Inter en Haïti, relate différents épisodes de sa lutte. Le récit direct et honnête qu’il fait, à partir de 1986 à son ami Jonathan Demme et le tournage dans le pays, montrent toute la sympathie et la solidarité que réserve le peuple haïtien à ceux qui prennent réellement son parti, en même temps que le caractère périlleux de la promotion de l’information libre dans le pays. Combattant et exilé, celui qui se faisait appeler l’agronome, en fonction de sa formation de base, n’a jamais interrompu sa lutte jusqu’à son assassinat en 2000. (synopsis du film).

Au dernier jour, quoiqu’il ait failli tomber des hallebardes ce qui semait un peu d’inquiétude, les séances ont quand même eu lieu et une quarantaine de personnes y ont pris part. “L’intrus”, réalisé par Beto Brant  repose encore la même question qu’on se poserait pour “L’homme qui copiait”:  qu’est-ce que l’on doit faire pour devenir très riche? Dans l’Intrus, les acteurs sont prêts à oser pire que Lazaros : tuer son associé pour s’emparer de l’entreprise. Mais pourront-ils dormir tranquille ayant conscience de ce qu’ils ont fait? Risquer le tout pour le tout: c’est la règle du jeu quand on veut arriver à ses fins. Un film dur, sans complaisance ni scène de violence particulière, remarquablement monté. 

L’on ne s’attendait pas à un film argentin dans le programme (c’est sans doute parce que le réalisateur du film est brésilien: Walter Salles) mais comment ne pas porter aux nues un homme comme Che. Des intéressés à Che l’Argentin n’ont pas raté l’occasion de se rappeler son parcours initiatique à travers  Carnets de Voyage.  Ce film est adapté du journal « Voyage à Motocyclette » de Ernesto Che Guevara et du livre « Con el Che por America Latina » de son copain de voyage Alberto Granado. On retrouve encore dans cette superbe réalisation une histoire réelle d’un homme qui a pris conscience des injustices qui sévissent dans le monde, de la division de l’Amérique Latine. Un voyage qui changera l’étudiant en médecine d’alors à devenir le célèbre révolutionnaire, tant aimé à travers le monde, après avoir traversé à Cuba. 

Cette semaine du cinéma Brésilien était aussi l’occasion pour Mme Normelia, l’attachée Culturelle de l’Ambassade du Brésil de  visiter les quelques sites touristiques qui survivent esseulés sous le soleil chaud des Gonaives, dans la nature empoussiérée. C’est à se demander si les sites touristiques ne sont pas des vrais. Sinon, pourquoi sont-ils sans protection? Encore cette manie de s’énorgueillir du passé sans pouvoir en prendre soin ni faire mieux. C’est comme s’il n’existait que sur du papier. Le buste d’Amiral Killick, la Cathédrale du Souvenir et l’Obélisque, la Place d’Armes, la Place Bouteille, l’Habitation Georges, la Tombe de Claire Heureuse, le Cimetière des Gonaives où s’érigent plusieurs tombes en marbre datant du début du XIXème siècle, l’ancienne Caserne des Pompiers, Souvenance, Soukri, les restes du Poteau de Boulets-à-Canons (d’après les habitants de la zone, les soldats Français ont piqué le boulet, qui se trouvait sur le Poteau construit par Christophe en 1809, lors de leur débarquement en 2004), des lakous…et d’autres endroits listés par l’historien Georges Michel ont pu être visités grâce à la courtoisie de la mairie. 

Une centaine de personnes au total a pu participer au programme de cinéma brésilien. Manque de promotion ou désintérêt ? Ce qui est certain, ceux qui ont pris part en sont sortis satisfaits. Y aura-t-il une prochaine fois ? 

 Yvens RUMBOLD

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