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LETTRE OUVERTE de Jean H. Ceant AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

ceantMonsieur le Président de la République,

L’heure est grave. Et c’est en raison de cette gravité que je m’adresse à Vous aujourd’hui, parce qu’il se fait tard.  Il se fait tard et une chape de plomb est sur le point de tomber sur notre pays. Tout indique que la trajectoire qui se profile ne peut qu’augurer un nouveau cycle de désespérance, de turbulence et de déstabilisation dont une fois de plus, le peuple haïtien risque de faire les frais.

 

Monsieur le Président,

Depuis Votre accession au pouvoir, je me suis tracé pour ligne de conduite de prioriser, au-dessus de tout, la recherche de la stabilité et la vigilance face au processus de consolidation de la démocratie.  Posture de respect de la quête de stabilité qui garantit la concrétisation dans le temps des mandats impartis, des engagements de  campagne au bénéfice du peuple haïtien; posture de vigilance en raison des leçons du passé sur les tentations de dérives enregistrées tout au long de notre histoire.

Les événements des dernières semaines m’interpellent à plus d’un titre:

–          Publication d’un amendement constitutionnel au terme d’une démarche erronée et tortueuse;

–          Acceptation de la désignation des membres du CEP choisis par le CSPJ selon un processus vicié à la base;

–          Installation arbitraire d’un Conseil Electoral lacunaire et croupion.

Ces différents événements se déroulent sur un fond qui laisse présager une aggravation de la crise économique et sociale, susceptible de perturber le délicat équilibre qui commençait à s’établir après la tumultueuse période des élections.

S’agit-il d’ajouter une dangereuse crise politique qui viendrait menacer  les institutions?

Par ailleurs, de quelle légitimité peut se prévaloir ce CEP bancal de six membres, avorton d’un texte constitutionnel amendé, mais non promulgué?

Le peuple haïtien a, depuis 1987, choisi l’option de la construction démocratique comme voie principale de la consolidation des institutions, convaincu que toutes les autres options ne peuvent que conduire à des impasses de nature à compromettre le développement national.

Entre le courage d’œuvrer au renforcement des fondements de la démocratie et la faiblesse de raviver les pratiques archaïques de la dictature, aucune hésitation n’est permise.  Le peuple haïtien l’a bien compris et a fait le choix, au prix de lourds sacrifices, de l’édification d’un Etat de droit garant de la paix, du pluralisme politique et de l’équilibre des pouvoirs.

Or, Monsieur le Président, la référence faite à la «traîtrise» dans Votre message télévisé du 21 août 2012 nous renvoie à des temps de régimes martiaux où Haïti, assiégée, luttait pour la défense et la reconnaissance de son Indépendance.  Aujourd’hui, il en va tout autrement.  En régime démocratique, le concept de traîtrise n’est pas de mise.  Il peut et il doit exister des divergences de vue.  Il peut et il doit exister des approches divergentes et lorsqu’elles portent sur des questions aussi importantes et vitales, la voie royale pour tout dirigeant est celle de la concertation et de la consultation.  Le citoyen concerné a son mot à dire, à l’égal des partis, groupes politiques et associations de la société civile, exerçant par ainsi les droits garantis par la Constitution.

Monsieur le Président, le choix d’un dirigeant par le peuple haïtien me parait répondre à l’urgence d’apporter des réponses à des carences qui affectent au quotidien l’existence de nos compatriotes:

–          Une production nationale, agricole et industrielle en déclin;

–          Une balance commerciale négative aux effets perturbants et nocifs pour la nation;

–          Un environnement en dégradation continue;

–          Une insécurité grandissante;

–          Une absence criante de services de bases dans la santé, l’éducation, la nutrition, le logement;

–          Un horizon bouché pour une jeunesse incapable de s’insérer dans le tissu productif;

–          Une augmentation sans précédent du taux de chômage;

–          Une rentrée scolaire  problématique allant de pair avec une hausse accélérée des produits de premièrenécessité.

Les solutions à des problèmes aussi graves ne peuvent venir que de la concertation, de la mise en commun des efforts de toutes les forces vives de notre pays.  Il en est de même de l’impasse institutionnelle dans laquelle nous sommes aujourd’hui.  Impasse qui ne peut être résolue que dans le cadre d’une étroite concertation avec les organisations de la société civile inclusive, les partis politiques, les acteurs nationaux à tous les niveaux, ainsi que les partenaires internationaux dévoués à la cause du progrès d’Haïti.

Monsieur le Président, la Nation haïtienne est à la croisée des chemins.  Aimer, n’est peut-être pas une catégorie usuelle en politique.  Je Vous exhorte, cependant, à y recourir en ce moment particulier de notre vie de peuple.

En conséquence, Monsieur le Président, il est de salut public:

1)      De revenir sur la mise en place de ce «Conseil Electoral Permanent»;

2)      De convoquer de toute urgence une réunion des partis, des groupements et regroupements politiques, des personnalités politiques, des associations représentatives de la société civile inclusive;

3)      De statuer définitivement sur l’amendement constitutionnel non promulgué, publié en violation des normes démocratiques, notamment sans le sceau de la République;

4)      De trouver  dans l’urgence les voies de la concertation et du consensus qui permettront de transformer, dans l’ordre et la paix, les conditions de vie de nos compatriotes.

Car seul un acte d’amour pour ce pays appauvri, endeuillé et attristé, nous permettra d’aller de l’avant, de surmonter les haines et les divisions et de gagner une place définitive dans le concert des nations démocratiques.

Excellence, c’est ce que le peuple Haïtien attend de Vous.

Salutations en la Patrie Commune.

Me Jean-Henry Céant

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