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Actualités - janvier 15, 2011

Où en est le tourisme en Haïti ?

Au cours de la dernière décennie, le secteur du tourisme a joué un rôle majeur dans le développement économique de la Caraïbe (Dehoorne, Saffache, 2007). Haïti du fait de sa touristicité pratiquement nulle (Théodat, 2004), n’a pas vraiment contribué à l’attractivité de la région au cours de ces dernières années. L’île a connu trois étapes dans l’évolution de son tourisme : La première étape qui a lieu au début du 19e siècle a vu arriver les premiers touristes en Haïti. Ces premiers visiteurs n’étaient ni plus ni moins que des explorateurs passionnés d’espaces naturels luxuriants et d’ornithologie. Dans ce domaine Haïti jouissait d’une très bonne réputation. Le vaste mouvement de déforestation après l’indépendance (1804) porta un terme à cette forme de tourisme que l’on qualifierait aujourd’hui de tourisme vert (Thomson, 2004, p.11). La deuxième vague de touristes apparaît dans les années 1980 quand Haïti attire une certaine « jet-set » internationale (Thomson, 2004, p.20). Et enfin, la dernière vague qui correspond à la période qui va de la fin des années 1980 à nos jours a vu le nombre de visiteurs tarir de manière considérable.

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a aggravé la situation de l’île. Un article publié dans « Revue Espaces » en Mai 2010, ayant pour titre : « Quel avenir pour le tourisme en Haïti » (Séraphin, 2010, 3 p.) pose la question suivante : « Haïti, pays marqué par une grande pauvreté, pourrait, tel le Phoenix, renaître de ses cendres à la suite du tremblement de terre qui a provoqué la mort de quelque 250 000 personnes et causé des dégâts matériels considérables ? » (Séraphin, 2010, p.4).

Le World Travel Market (WTM), l’un des rassemblements les plus importants des professionnels du tourisme a eu lieu du 08 novembre au 11 novembre 2011, a Londres (Execel). Haïti, l’ex « perle des Antilles » était présente. Les professionnels du tourisme en Haïti sont de nouveaux sur les « rangs » pour montrer qu’en dépit des idées véhiculées par la presse, Haïti n’est pas entièrement détruite et que le tourisme n’y est pas qu’un simple mythe voire une aberration. Madame Jacqualine Labrom (gérante de la société Voyages Lumière en Haïti), l’une des trois représentantes du tourisme en Haïti au WTM a tenu à souligner le fait que le développement du tourisme demeure toujours une des priorités du gouvernement haïtien. Preuve à l’appui, le « Travel Trade Carribean » annonce dans ses lignes la construction prochaine d’un hôtel de luxe de 240 chambres à Port-au-Prince pour un montant total de 33 millions de dollars américains. De nombreuses actions (comme le partenariat entre le Carribean Hotel Tourism Association Education Found et le groupe Hilton) sont également mises en place pour la reconstruction de certaines infrastructures du tourisme à l’instar de l’Ecole Hôtelière d’Haïti qui a été détruite lors du tremblement de terre de janvier 2010.

Sur un point touristique, quel avenir peut-on vraiment espérer pour Haïti ?

Les touristes et le TO étant en perpétuelle recherche de destinations nouvelles, les destinations qui sortent de conflits ou qui ont fait les frais de catastrophes naturelles disposent d’une « carte à jouer » (Carey, 2009, p. 17). Quelles que soient les options qui se présenteront à Haïti dans le futur, il demeure important que la notion de tourisme responsable, c’est-à-dire un tourisme qui ait un impact minimum voire aucun impact sur l’environnement et la vie sociale (Thorp, 2009, p. 19) soit au centre de tout projet. A cet effet, le tourisme volontaire est une forme de tourisme pour laquelle Haïti devrait opter car elle allie à la fois l’idée d’altruisme et de responsabilité (Eckardt, 20009, p. 20). Quoi qu’il en soit, avant qu’Haïti retrouve une place sur la carte mondiale des destinations touristiques, une saison blanche et sèche est à attendre. L’épidémie de choléra qui sévit actuellement en Haïti ajoute au fardeau que l’île a déjà à supporter. Il devient alors encore plus difficile d’associer le mot « Tourisme » à l’« île de toutes les tragédies » (Bonnet, 2010). Haïti semble être « une terre ou le pire semble toujours sûr » (Bonnet, 2010). Quand une destination réfléchit malgré elle une image aussi négative, quelles sont les options qui s’offrent à elle ? Dans cet article nous aborderons le rôle des médias dans la construction d’une destination.

Construction touristique et récits médiatiques

Les journalistes sont des médiateurs d’opinion qui véhiculent une certaine vision de l’identité. Ces professionnels de l’information participent à la construction de représentations identitaires dans leur traitement quotidien des événements. On évoque alors le journaliste tel un guide ou un relais d’opinion (Daghmi, 2007, 9 p.). Au niveau touristique ces derniers contribuent donc à la construction et déconstruction de l’image d’une destination. Ils sont des maillons influents qui influencent et renforcent les opinions du public. Pour comprendre en partie l’image plutôt négative que véhicule Haïti, il est important d’analyser le traitement de l’actualité d’Haïti par les médias. De manière générale, Haïti ne fait la « une » des médias que lorsqu’un drame se produit, ou pour évoquer la misère du monde. Il devient difficile donc d’empêcher le grand public (donc des touristes potentiels pour Haïti) de penser qu’il n’y a que le pire qui peut sortir de cette destination. Très rarement, pour ne pas ainsi dire jamais, les médias ne mettent en avant Haïti quand « le positif » se manifeste. Car il faut le dire, Haïti n’est pas seulement l’« île de toutes les tragédies » (Bonnet, 2010), « le chaudron du diable » (Bonnet, 2010), ou encore comme Gary Victor le suggère, une « catastrophe qui végète » (Bonnet, 2008). Haïti c’est également un peuple créatif, (…) une culture exceptionnelle. Il y a une musique, une peinture que Malraux adorait (…) et une littérature parmi les plus dynamiques (…) (Fernandez, 2010). Haïti c’est également un pays « où l’on parle, écrit une langue, peint des tableaux, fait de la musique, et raconte des histoires comme on aimerait en entendre, en lire, en voir plus à Paris » (Debray, 2010). En dernier et non des moindre, Haïti est également « l’une des plus généreuses, chaleureuses, courageuses, avant-gardistes populations de la planète » (Kahn, 2010). Fort de ces constats, il semble plus qu’évident qu’Haïti ait beaucoup à offrir au voyageur avide de culture. Sur le plan de l’activité touristique de l’île, Labadee pourrait être mis en avant comme faire valoir. Combien de personnes en ont entendu parler ? Certainement pas grand monde. La diffusion dans les médias d’une émission sur cette partie d’Haïti permettrait de démystifier certaines idées préconçues. Cette destination a non seulement besoin de positivisme mais également de créer un imaginaire positif chez le grand public. Dans le cadre de son plan de relance de l’industrie du tourisme, il ne serait pas inintéressant pour Haïti d’envisager une étude sur les conséquences de l’image d’Haïti diffusée par les médias sur l’activité touristique de l’île. Les élections du 14.01.11 joueront également un grand rôle pour le futur du tourisme dans l’île car la politique détermine les aigus, octaves, et bémols de la vie en Haïti de façon tout à fait arbitraire. Même si le tourisme demeure une priorité pour le nouveau gouvernement, il demeure important que ce dernier garde en mémoire que les relations entre croissance économique et développement touristique sont unidirectionnelles, c’est-à-dire que la croissance économique engendre du développement touristique et non l’inverse. La relation entre réduction de la pauvreté et développement touristique est également une relation unidirectionnelle. En d’autres termes, la croissance économique engendre une réduction de la pauvreté qui à son tour engendre un développement de l’activité touristique (Dupont, 2009, p.1).

 

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