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Actualités - mars 26, 2010

Le plan international pour reconstruire Haïti sur les rails

Le gouvernement haïtien a parlé de 11,5 milliards de dollars. Des experts de la Banque interaméricaine de développement sont montés jusqu’à 14 milliards de dollars. Vu son impact médiatique, l’enveloppe allouée au sauvetage d’Haïti, qui a perdu plus de 220 000 habitants dans le séisme du 12 janvier dernier et fait face à 1,5 million de sans-abri, sera assurément l’un des enjeux de la réunion de New York, le 31 mars prochain.

Mais derrière ce symbole sonnant et trébuchant, les grandes puissances et bailleurs de fonds internationaux doivent surtout officialiser, devant le gouvernement haïtien et les principales ONG qui travaillent à Port-au-Prince, la capitale aujourd’hui dévastée, leur plan d’action pour les années à venir. Conduite principalement par les États-Unis, le Canada, la France et certains pays d’Amérique latine impliqués en Haïti, la communauté internationale est prête à faire un effort important. Mais cherche, en contrepartie, sinon à imposer ses vues, du moins à encadrer l’action d’un pays à la dérive depuis des décennies.

Une commission intérimaire  

Le plan qui se dessine prévoit la création d’une commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti qui, pendant dix-huit mois, aurait toute lati­tude pour engager des actions et leurs financements. Cette commission devrait être coprésidée par l’ancien président américain, Bill Clinton, et l’actuel premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive. Elle serait composée de 16 membres, dont 9 appartiendraient à des nations étrangères. Pour celles-ci, on parle d’un «ticket d’entrée» dans le club à 200 millions.

Mais on sait bien que les nations ayant des liens historiques et culturels avec la première République noire à s’être affranchie de la tutelle coloniale, française en l’occurrence, seront de la partie. Haïti aurait 7 représentants, donc ne disposerait pas de la majorité au sein de cette instance, mais son président, René Préval, sans en être membre, aurait un droit de veto sur les décisions prises. Après ces dix-huit mois, cette commission intéri­maire se transformerait en une «Autorité pour le développement d’Haïti», dont le mandat durerait pendant plusieurs années, le chiffre de quatre ayant été avancé.

D’emblée, la commission intérimaire aurait toute latitude pour financer des acquisitions foncières en Haïti, afin de lancer des opérations d’urbanisme et de logement à Port-au-Prince où plus de quatre cents camps de tentes côtoient des bidonvilles et des immeubles en ruine. Il est également prévu de procéder à des privatisations – celle, notamment, du port et de l’aéroport de la capitale. Les compagnies étrangères auraient la possibilité d’investir dans la plupart des secteurs d’activité, dont ceux agricole et touristique, qui paraissent les plus porteurs.

Dans le cadre du dialogue entre grandes puissances et le pouvoir haïtien, sur ces aspects les plus économiques, pour ne pas dire les plus rentables, de l’opération, les discussions sont serrées entre les compagnies inter­nationales et les milieux d’affaires ­haïtiens.

Depuis deux mois que la planète des experts internationaux cogite pour préparer cette grande réunion internationale, tout et n’importe quoi a déjà été suggéré. Quelques formules ont toutefois retenu l’attention. Celle du président haïtien, René Préval : «Il ne faut pas reconstruire, mais construire ­Haïti.»

Lors de la réunion préparatoire à Saint-Domingue, le 15 mars dernier, la somme de 3,8 milliards de dollars avait été mentionnée pour les dix-huit mois d’actions de la commission intérimaire de reconstruction. Bill Clinton, venu avec George W. Bush à Port-au-Prince le 22 mars dernier, avait toutefois prévenu des chefs d’entreprise haïtiens qu’il réunissait à huis clos : «Vous savez que 50 % de l’argent ne sort pas.» L’ancien président américain voulait ainsi rappeler que l’aide financière ­allouée sert pour une bonne part à payer le travail des entreprises et du personnel des nations investies dans les plans de reconstruction.

 

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