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Discours du président Jovenel Moïse à la réunion intersessionnelle de la Caricom

Je suis très heureux de vous accueillir en Haïti à l’occasion de la vingt-neuvième réunion intersessionnelle de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CARICOM. Par mon organe, la nation tout entière vous formule la plus cordiale bienvenue et vous souhaite un très agréable séjour.

Je veux par la même occasion remercier les chefs d’Etat et de gouvernement qui ont fait le déplacement en dépit de leurs multiples engagements et de leurs hautes responsabilités. C’est un signal fort qui est lancé quant au redimensionnement et à l’affirmation du leadership collectif régional. A ce propos, je compte beaucoup sur votre bonne volonté à mettre à contribution vos ressources habituelles pour la conduite effective et le succès de ces deux journées de travail.

Il me plaît également d’adresser des félicitations à l’honorable docteur Keith Mitchell, Premier ministre de la Grenade pour l’excellent travail accompli durant sa gestion de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté caribéenne. J’en profite pour saluer tout aussi bien le travail remarquable réalisé par le secrétaire général, l’ambassadeur Irwin Larocque.

Je souhaite à vous tous, frères et soeurs de la Caraïbe, la plus cordiale bienvenue en Haïti, terre de liberté. Vous êtes ici chez vous !

Mesdames, Messieurs les chefs de délégation, distingués invités,

Haïti, pour la deuxième fois, depuis son intégration à la Communauté de la Caraïbe, assure la présidence de cette institution régionale. Je l’assume à un moment très spécial où la région des Caraïbes a connu un nombre élevé de phénomènes atmosphériques extrêmes provoqués en grande partie par le réchauffement climatique. Selon les experts, la fréquence de ces phénomènes tend à augmenter.

Cette situation causera des pertes et dommages, parfois irréversibles, pouvant ralentir sérieusement le développement socioéconomique des pays de la région et, en même temps, miner les lourds efforts engagés en vue d’atteindre les objectifs de développement durable vers l’horizon de 2030.

Les risques induits par le changement climatique sont planétaires et leurs conséquences agissent de manière indiscriminée. Les prochaines années seront donc cruciales. Nous devons tout faire pour le respect des engagements internationaux, le maintien du momentum de l’Accord de Paris ainsi que l’impulsion pour une nouvelle dynamique en faveur de l’action climatique confrontée au défi de son implémentation.

Mesdames, Messieurs les chefs de délégation, distingués invités,

La République d’Haïti est très attachée à la dimension environnementale du développement durable. Petit Etat insulaire en développement, elle est déterminée à renforcer sa résilience aux cyclones qui secouent chaque année la région des Caraïbes, entre autres. Le peuple haïtien, tout comme le reste de la région, nourrit de grandes inquiétudes pendant les saisons cycloniques, car les dégâts causés par le passage des ouragans Matthew, Irma et Maria en 2016 et 2017 ne sont pas prês d’être réparés et ont laissé de profondes meurtrissures dans les esprits.

Je profite de cette audience pour saluer le courage de nos frères et soeurs des Iles Turques et Caïques, d’Antigua et Barbuda, de la Dominique, des Iles Vierges Britanniques et de Saint-Martin. Il est un fait incontournable que la région des Caraïbes est placée sur la trajectoire des cyclones et ouragans et qu’une des conséquences du changement climatique est l’intensité croissante des phénomènes météorologiques auxquels cette zone se trouve exposée. Nous devons nous prémunir face à ces risques. Nous devons le faire ensemble, car l’isolement conduit à notre régression, à notre disparition lente.

L’union fait la force.

L’une des options pour contrecarrer les conséquences néfastes de ces évènements adverses est de mettre en place ou de renforcer les mécanismes existants de financement des risques de catastrophes. Ceux-ci permettront aux pays victimes d’accéder rapidement, au lendemain même des catastrophes, à des fonds de reconstruction grâce à des procédures abordables et efficaces au lieu d’être paralysés par l’attente d’une aide improbable qui, le plus souvent, est trop peu, vient trop tard et, parfois, n’arrive jamais.

L’un des instruments préconisés par la Banque mondiale serait de mettre en place un mécanisme de financement ex ante, basé sur une stratégie qui permet de déployer rapidement un plan d’actions fiable à même de s’adapter à l’évolution des menaces.

Cette stratégie requiert, entre autres, de la détermination régionale, un plan coordonné, un processus décisionnel rapide et, enfin, un fonds de réserves pour lancer les premiers travaux de reconstruction. Par ailleurs, il existe une gamme d’instruments destinés à protéger les finances publiques, notamment des fonds de prévoyance, des lignes de crédit préventives, des assurances à responsabilité civile pour biens publics, des obligations catastrophes et l’assurance paramétrique, pour ne citer que ceux-là. Il est grand temps pour nous, leaders régionaux, d’entamer la réflexion sur un véritable système répondant aux besoins des pays victimes des catastrophes naturelles. La recapitalisation du Caribbean Catastrophe Risk Insurance Facility (CCRIF) peut être aussi l’une des options à privilégier.

C’est dans cette optique, que j’ai pris l’initiative d’organiser dans les prochains mois une conférence internationale sur le renforcement des mécanismes de résilience aux effets du changement climatique et de la gestion des catastrophes naturelles dans la Caraïbe. Ce sera l’occasion pour les Etats, partenaires et acteurs de développement internationaux, d’échanger des idées et de faire des propositions sur les meilleurs dispositifs de prévention et de réponses aux catastrophes naturelles. Sans votre pleine et entière participation, cette conférence n’obtiendra pas le succès escompté. Vous y êtes, d’ores et déjà, invités.

Mesdames, Messieurs les chefs de délégation, distingués invités,

Aujourd’hui, le monde fonctionne comme un village où les économies des pays sont interconnectées à travers des mécanismes de marché et de coopération internationale ; et en même temps les ressources financières deviennent de plus en plus rares. D’où l’obligation pour chaque pays ou chaque regroupement régional de gérer ses ressources avec rationalité et responsabilité, dans la transparence, selon les règles de la saine gestion des finances publiques. La lutte contre la corruption, en plus d’être une exigence nationale, s’inscrit en droite ligne dans le cadre d’une série d’exigences de la globalisation et de l’intégration économique de tous les pays de la planète.

Pourtant ce n’est que très récemment, particulièrement avec la Convention interaméricaine de lutte contre la corruption (CILCC) signée en mars 1996 par l’ensemble des pays latino-américains et caribéens, que s’est manifestée réellement la volonté internationale de lutter contre ce fléau. La CILCC demeure la première convention internationale à être signée par autant de pays manifestant une même volonté de lutter contre la corruption. Malgré la signature de ces conventions, elles n’ont pas pu empêcher le trafic d’intérêt, la corruption dans l’organisation et l’affectation de l’aide internationale dédiée aux pays en développement.

Haïti est l’un des premiers pays à avoir adopté la Convention internationale de lutte contre la corruption en 1996. Depuis tantôt trois ans, des efforts notables ont été consentis pour renforcer les institutions dédiées à la lutte contre les dangers de ce fléau.

Il est incontestable que les méfaits de la corruption et les facteurs favorisant son développement sont légion. La corruption nuit à la croissance ; elle compromet la formation du capital ; elle réduit l’efficacité de l’aide; elle accroît l’inégalité des revenus et la pauvreté.

Sous mon administration, des efforts notables sont en train d’être déployés en Haïti pour permettre aux institutions publiques impliquées dans la lutte contre la corruption de jouer pleinement et efficacement leur partition. Des réformes sont en cours de réalisation pour rénover le cadre des affaires et attirer les investissements nationaux et internationaux. Toutefois, nous devons reconnaître qu’il reste encore beaucoup à faire pour améliorer la performance institutionnelle. Néanmoins, les partenaires de la communauté internationale devront prendre de nouvelles dispositions pour permettre que l’aide offerte aux pays insulaires des Caraïbes soit accordée conformément aux principes directeurs de la Déclaration de Paris (2005) et du Plan d’Action ACRA (2008).

Mesdames, Messieurs les chefs de délégation, distingués invités,

Pendant les deux jours que nous allons passer ensemble, nous aurons l’occasion de délibérer sur des problèmes cruciaux de la région. Je commencerai par citer le problème de la sécurité, la criminalité, la drogue, la libre circulation des personnes et des biens, le droit d’établissement, la mise en œuvre des dispositifs et composantes du Marché et de l’Economie Uniques, le transport et enfin et surtout l’introduction du créole, du français et du hollandais dans la CARICOM.

Le crime transnational organisé est un souci majeur tant il est devenu une gangrène pour nos Etats. Pour le combattre, une politique concertée est nécessaire. Nous ne sommes pas sans savoir que ses effets sont lourds de conséquences pour nos sociétés et par ricochet pour notre jeunesse. En fait, nous devons non seulement renforcer notre coopération, mais aussi mettre en place des dispositifs de sécurité pour la protection de notre système économique et la prévention des perturbations politiques et sociales. La sécurité reste et demeure la clef de voûte pour le bon fonctionnement, par exemple, du secteur touristique régional, locomotive de l’économie de la grande majorité de nos membres.

Mesdames, Messieurs les chefs de délégation, distingués invités,

Il y a exactement cinq ans, ici à Port-au-Prince, les chefs d’Etat et de gouvernement de la région ont adopté une résolution adoptant le français comme l’une des langues officielles de la CARICOM. Je crois le moment venu de mettre en application cette résolution pour accompagner l’intégration d’Haïti à cette belle famille, pour une meilleure communication, donc une meilleure compréhension mutuelle, et surtout, pour faire tomber cette barrière psychologique, invisible, qui a tendance à nous éloigner. Nous sommes tout à fait d’accord que notre diversité linguistique fait notre richesse culturelle.

Je souhaite vivement que cette question retienne votre meilleure attention et qu’à la fin de cette conférence des pistes de solutions soient dégagées pour le financement des coûts liés à l’interprétation et à la traduction de nos documents de travail dans les langues pratiquées par l’ensemble des populations de la Communauté.

Mesdames, Messieurs les chefs de délégation, distingués invités,

Aujourd’hui, la République d’Haïti assure pour la deuxième fois de son histoire la présidence tournante de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement, organe suprême de la Communauté. C’est, une fois de plus, l’occasion pour le peuple haïtien de réitérer son appartenance à cette structure d’intégration régionale. L’intérêt bien compris du peuple haïtien commande que notre pays poursuive sur un rythme plus soutenu son processus d’intégration au sein de la CARICOM. Pour ma part, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour imprimer agilité et vitesse à notre processus d’intégration.

J’ai fait le constat que les échanges ont évolué, ce malgré les retards enregistrés dans le processus de révision de notre tarif douanier consolidé. Mon pays est en train de finaliser le processus de renégociation de la liste de concessions tarifaires à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). J’espère que les négociations en cours avec la République dominicaine se concluront d’ici la fin du 1er trimestre 2018. Cela nous permettra de nous mettre à jour avec les dispositifs du Traité révisé.

Dans cette même veine, mon administration est en dialogue permanent avec les deux branches du Parlement pour le vote de certains projets de lois touchant notamment à la création du Bureau de normalisation, essentiel pour le contrôle des marchandises et des services, à la protection des consommateurs, au Tarif national basé sur le Tarif extérieur commun et le Système harmonisé de 2007 ainsi qu’au Certificat d’origine et aux sanctions contre la documentation frauduleuse.

Il convient de rappeler toutefois que les retards enregistrés dans la mise en œuvre de certaines dispositions du Traité de Chaguaramas révisé de même que les formes de discrimination auxquelles sont confrontés certains de nos concitoyens ont entamé l’élan de la population haïtienne en faveur de notre intégration dans la CARICOM.

Sur ce dernier point, il est clair que seul le dialogue franc et sincère nous permettra de venir à bout de ces situations malheureuses qui empêchent nos pays de progresser ensemble plus fortement. Je voudrais inscrire ce point à l’agenda d’une prochaine session de travail de la conférence.

Le secteur privé haïtien est en attente d’initiatives claires pour pouvoir faire des affaires dans le cadre protecteur du CSME. Les efforts d’intégration d’Haïti seront appuyés par les travaux initiés dans le cadre de la Caravane du changement. Il s’agit d’une stratégie de mise en commun des ressources pour la promotion des secteurs porteurs de l’économie nationale et le relèvement des régions. Permettez-moi de m’arrêter un peu sur ce qui est mon ambition de mettre ensemble la terre, l’eau, le soleil, les femmes et les hommes d’Haïti, à travers cette stratégie innovante, la Caravane du changement, pour le progrès et le bien-être collectifs.

Concrètement, la Caravane consiste à mobiliser les ressources institutionnelles, humaines et matérielles de l’Etat pour :

• Améliorer l’accès des citoyens aux services publics ;

• Moderniser et multiplier les infrastructures à travers le pays, propres à augmenter la productivité globale de l’économie ;

• Entreprendre de façon systématique et déterminée un ensemble d’actions structurantes contre la pauvreté, la faim, la dégradation de l’environnement et la maladie due aux mauvaises conditions de vie.

La Caravane du changement, plus qu’un programme, est une modalité d’intervention transversale qui permet de toucher directement les populations, en particulier les plus vulnérables, plus rapidement et au moindre coût.

Il y a trois semaines, j’ai lancé la seconde phase de la Caravane du changement sur les 10 départements du pays, qui consistera en une série d’interventions de l’Etat sur les grands travaux d’infrastructure et de construction d’ouvrages agricoles, le réaménagement des littoraux des villes côtières, la construction du réseau électrique national, la reconstruction de réseaux de certaine villes, l’électrification des zones rurales, la construction de barrages et de microbarrages sur les rivières, le curage et l’endiguement des rivières sur 300 kilomètres à travers tout le pays, l’interconnexion des communes et des départements par la construction de routes primaires et secondaires, et construction de ports et d’aéroports, construction et réhabilitation de systèmes d’adduction d’eau potable à travers tout le pays.

Tous ces travaux n’ont qu’un seul objectif, créer un climat propice aux investissements, notamment dans le tourisme. L’industrie touristique, en plein essor dans la région, peut renaître de ses cendres dans le pays. Le tourisme est l’un des secteurs porteurs sur lesquels mon gouvernement compte s’appuyer pour réaliser ses objectifs de croissance économique et de création d’emplois décents. En cela, Haïti espère, par des échanges d’expériences, bénéficier de l’avancée notable connue par les pays de la CARICOM.

La République d’Haïti entend apporter sa contribution à l’atteinte des objectifs de la communauté tels que l’amélioration de la production, de la productivité et de la compétitivité au niveau international. Ces objectifs sont réalisables dans le cadre du marché intérieur régional pleinement intégré et libéralisé que nous avons constitué.

Le travail ne fait que commencer. Le pays a un champ immense à défricher dans tous les secteurs de la coopération fonctionnelle de la Communauté pour se mettre au même palier que ses partenaires.

Pour terminer, je voudrais conclure par la question de la Sécurité régionale et hémisphérique et je suis convaincu que les initiatives visant à contrecarrer ce phénomène n’apporteront pas de fruit sans une implication de tous les acteurs et un renforcement des capacités des Etats membres. La CARICOM Implementation Agency for Crime and Security (IMPACS) est, à mon avis, le cadre idéal pour la coordination de nos efforts. Je souhaite tout particulièrement le renforcement de la coopération entre cette agence et la République d’Haïti.

Mon objectif durant les prochains mois est d’assurer, avec la grandeur et le prestige requis, le leadership du processus d’intégration dans l’optique de laisser comme héritage une Communauté caribéenne renforcée, unie et solidaire, encore plus dynamique.

Je vous remercie.

Vive Haïti! Vive la CARICOM!

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