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Une fois de plus, Michel Martelly crache sur la Presse

Ce matin (mardi 4 octobre 2011), seul derrière ce micro, je suis triste, nerveux ; je suis en colère. Je rentre chez vous, auditeurs, auditrices de Scoop FM, contrarié, très contrarié. Je porte sur mon visage le crachat d’un homme, homme comme moi qui se croit tout permis ! Il a craché au visage de Germain Etienne, il m’a craché au visage. Il se croit tout permis !

Après le ‘’ Taisez-vous’’, Catullus[1] crache au visage de la Presse. Il s’en prend publiquement à la mère de notre collaborateur Germain Etienne qui voudrait une réponse à une question d’actualité. Lundi 3 Octobre, ouverture de l’année judiciaire, qu’en est-il du Conseil Supérieur du Pouvoir judicaire, de la présidence de la Cour de Cassation? Trop tenace, le journaliste a recueilli du président de la République la réponse que voici : ‘’Pa fè sa, map menm joure manman w ‘’.

Chalmas ! Jupiter, commence t-il toujours par rendre fous ceux qu’il veut perdre !

Un Chef d’Etat répondant en ces termes à un journaliste qui n’appartient pas à un pays ennemi ; et si c’était le cas, il s’agirait d’un homme s’adressant selon les règles du métier à un autre homme, soit-il le premier d’entre nous.

Catullus n’a d’égard pour personne !

Celui qui n’est pas avec Catullus est contre Catullus !

Catullus est le seul maitre des vies, ici !

Catullus est de la même famille qu’Attila !

Tous, en chœur il faut crier VIVE CATULLUS !

Catullus promet l’école gratuite ; Catullus promet des highway ; Catullus est venu pour reconstruire, construire ; il est venu pour redonner vie à la nation. VIVE CATULLUS !

Comme les injures du Complexe La Promenade, on va trouver des gens pour rire, pour tout banaliser. Catullus a bien fait de répondre le journaliste en ces termes, le ‘’ Petit Journaliste’’ ! Les journalistes, wow ! ils parlent trop, ils critiquent trop, ils dévoilent trop de choses. Catulllus aurait dû lui dire davantage. Il aurait dû lui dire ce que tout récemment il disait à Ti Simone. Il aurait dû lui administrer un très bon ‘’ Ti-Simonage’’, une sorte de lavage d’injures. Il le mérite bien le journaliste !

‘’Omnis potestas a Deo’’ traduisez : ‘’ C’est Dieu qui donne le pouvoir’’, et le pouvoir de Catullus vient de Dieu. Il est maitre chez lui, nouveau maitre de cette terre d’Haïti.

Catullus crache sur Germain Etienne, il crache au visage de tout journaliste qui entend rester égal à lui-même. Tout journaliste qui s’accroche à son métier, qui pioche, qui fouille pour trouver l’information, de quoi éclairer l’opinion publique. Catullus s’en offusque. On connait la stratégie de Catullus : communiquer oui, informer non.

Heureusement, le Leviathan n’est qu’à ses débuts. Il teste la capacité de réaction des citoyens à l’offense. De temps en temps, il avance un pion. Comme une araignée, il tisse en silence sa toile. Il offense, il banalise. Il offense, il banalise. Dans ce pays, les gens aiment le théâtre gratuit. La politique haïtienne, c’est un grignin-dent, écrivait Justin Lhérisson. On rit beaucoup dans cette république de bouffons. On rit du malheur des autres, on rit de son propre malheur.

Chalmas ! Jupiter, commence t-il toujours par rendre fous ceux qu’il veut perdre !

Catullus, est un ‘’ Gwo Moso’’, il le sait. Qui s’y frotte, s’y pique. Il n’a jamais plaisanté, il ne plaisante pas, et li ne plaisantera pas. Il est cynique. Il est comique. Il adore la tragicomédie. En fait, avant il donne la comédie, après on verra la tragédie. Il nous file des drogues douces.

Catullus vous crache au visage, mais il ne va pas s’arrêter là. On aura d’autres Gasner Raymond, d’autres Claudy Museau, d’autres Brignol Lindor, on aura d’autre Jean Dominique, d’autres Jacques Roche.

Catullus, qui s’y frotte, s’y pique.

Avant longtemps, les porte-torche, les toucheurs, les porte-uzi de Catullus viendront tirer sur les locaux des Médias. Bien sûr, on commencera par Scoop FM ; mais vous entendrez d’autres cris ailleurs. Vous entendrez d’autres Viola Robert, se tordre de douleurs. Vous entendrez des épouses, des grands-mères, des mères crier leur douleurs de vessies et d’entrailles. Vous entendrez les cris plaintifs des orphelins.

‘’Pa fè sa, map menm joure manman w ! ‘’

Laissez  ces femmes crier, j’ai besoin de leurs pleurs pour reconstruire ce pays, bâtir des maisons pour les sinistrés, construire des écoles et des routes. J’ai besoin de leurs pleurs pour me rafraichir ! Laissez les foutre crier. Ces femmes sont méprisables, comme ces chats et ces chattes qui font des pattes de velours à mes pieds.

Les journalistes  à cause leur esprit critique, à cause de leur détermination à percer les non-dits et les mensonges commettent, sans même le savoir, des crimes de lèse-patrie et de lèse-majesté. Ils sont carrément, les ennemis du maitre du panthéon politique haïtien. En conséquence, ils doivent être humiliés, traqués ; ils méritent la mort. Et le cadavre d’un ennemi sent toujours bon.

Mais Catullus perdra de toute façon la guerre contre la presse. Il peut toujours acheter quelques journalistes, il peut tuer, voler des vies, arrêter, emprisonner, torturer, violer ; il en restera toujours des journalistes animés du désir de la liberté ; il en restera toujours des journalistes pour dire NON, des journalistes pour lever la tête, regarder le Leviathan droit dans les yeux ; cette race de journalistes, on ne pourra jamais, jamais l’exterminer.

Quand un chef d’Etat crache sur un journaliste, il faut dire NON.

La jeunesse doit dire NON.

Les hommes d’affaires doivent dire NON.

Quand un chef d’Etat crache sur un citoyen

L’Université doit dire NON.

Les paysans doivent dire NON.

Les groupes organisés doivent dire NON.

Les parlementaires doivent dire NON.

‘’ Depi babouket la nan bouch laprès, lap nan bouch tout moun’’.

 

Il faut dire NON.

 

Je termine avec ces vers d’Aimé Césaire[2] :

‘’Vous,

ô vous qui vous bouchez les oreilles

C’est à vous, c’est pour vous que je parle, pour vous qui écartèlerez demain jusqu’aux larmes la paix paissante de vos sourires,

Pour vous qui un matin entasserez dans votre besace mes mots et prendrez à l’heure ou sommeillent les enfants de la peur,

L’oblique chemin des fuites et des monstres.

(…) Voilà les cavaliers de l’Apocalypse.

(…) Voilà sans pompe, les entrepreneurs de pompes funèbres,

Sans jugement les hommes du jugement dernier.

 

Idson Saint-Fleur,

Directeur à l’information à Scoop FM

Pétion-ville, le 4 octobre 2011

 



[1] Catullus Alcibiade Pernier, personnage emblématique de ‘’ Le choc en retour’’, un roman de Jean-Baptiste. Cinéas.

[2] Cahier d’un retour au pays natal

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